Là où vivent les loups




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Chronique littérature


 Quand les flics prennent le pouvoir dans le polar

Ou

Laurent Guillaume notre James Crumley Français


Laurent Guillaume
Crédits : © Mathieu Bourgois


Laurent Guillaume fait partie de ces anciens flics qui ont pris la plume, délaissant le flingue, pour s’exprimer enfin librement. Trop bridé qu’il était par une administration pesante. 

 

De son expérience à la BAC 9.3, aux stups et en Afrique de l’Ouest, comme coopérant, il sait tirer… des histoires qui se tiennent, noires et violentes. Mais pas manichéennes. 

 

Il fut un temps où ces ex-flics se reposaient sur leur connaissance du terrain pour écrire des séries Télé racoleuses, comme Olivier Marchal, avec qui il a travaillé pour Canal +, mais avec du travail et du talent, Laurent Guillaume s’affirme comme le digne successeur d’Hugues Pagan. En mieux… 

 

Son atout ? Comme le grand James Crumley (Un pour marquer la cadence - One to Count Cadence ; Fausse piste ; Le Dernier Baiser ; La Danse de l’ours) : ne pas se prendre trop au sérieux. 

 

Tout en donnant du sens à ses romans noirs (ici le sort des migrants et des militaires envoyés au casse-pipe). Quand on écrit des polars, des romans dits "de gare", c’est une qualité. 

 

N’attendez pas de scènes gores, de sempiternel serial-killer, ni de chute formatée, à chaque fin de chapitre, pour appâter le chaland. 

 

Laurent Guillaume fait à sa manière, il prend son temps, lentement mais sûrement, ça monte dans les tours, puis ça finit en feu d’artifice ! 

 

Ses « méchants » ressemblent à monsieur tout le monde 

Comme dans la vraie vie. Ce qui est bien plus inquiétant.

 

Or donc, Prial Monet (1,95 m, 115 kg, au bas mot…), l’enquêteur de Là où vivent les loupsde Laurent Guillaume, est un flic confirmé qui n’aime plus grand-chose (à part fumer des cigarillos), depuis qu’il a eu de sérieux problèmes avec sa hiérarchie parisienne. 

 

A priori, tout l’énerve : la paperasse, les ronds-de cuir, la montagne, la campagne, bref, tout ce qui salit et ne se trouve pas Paris 11; ce qui lui fait un point commun avec un certain Gabriel Lecouvreur, dit « le Poulpe ». 

 

Mais Monet est plutôt un poulet à l’américaine, à savoir qu’il préfère travailler seul, comme les détectives des romans de James Crumley (Milo et Sughrue, des rafistolés en marge du rêve américain, hantés par la guerre du Vietnam, le manque de tendresse…). 

 

Sauf si le partenaire est… une femme. 

 

En l’occurrence Claire, ici, une fliquette moyenne, et/ou Marie la journaliste, qui fait du fromage (sic !), pour lui boucler son clapet de vrai-faux macho parigot. 

 

Car Priam Monet est un dur au cœur tendreà qui on ne la fait plus à l’envers. Sauf si on le prend à l’endroit.

 

Son train – un tortillard - arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne d’un bled des Alpes françaises, à la frontière italienne. 

 

Ce misanthrope est prêt à supporter son purgatoire, à savoir officier à l’IGPN, la police des polices (les « bœufs carottes », disait-on avant). 

 

Sa mission est d’inspecter ce petit poste situé dans une vallée industrieuse, en pleine « crise » des migrants, là où les règles du Far West ont remplacé celles du bon droit. 

 

Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler, et fuir cet endroit paumé qui lui donne le vertige. Trop d’oxygène, trop de hauteurs… trop de cons surtout. 

 

Mais quand on découvre le cadavre d’un « migrant » tombé d’une falaise, tout le monde pense à un accident. 

 

Pas Monet. Les vieux réflexes ont la peau dure, et le flic déchu redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un enquêteur perspicace et pugnace. 

 

La victime n’était pas un migrant lambda. Priam Monet a levé le loup quels lourds secrets cachent la petite ville de Thyanne ? 

 

Monet va rester plus longtemps que prévu.

Il commence par prendre ses aises au bar/resto nommé Route 66 

 

Et on est comme dans un roman du regretté Crumley (ce qui n’est pas un mince compliment). 

 

Tout y est : les danses Western, loin du Montana, la fille facile aux gros seins, les péquenots, à la gâchette facile, prompts à le traquer comme dans le film Délivrance, de la baston, du cul, des chiens sympas et moins sympas, des moutons pas si bêtes qu’ils en ont l’air, et de l’alcool de derrière les fagots, même qu’il pourrait y avoir de la pomme dedans... 

 

L’intrigue réserve bien des surprises. Des retournements de situation. Comme dans la vraie vie, je vous dis.

 

Guilaume Chérel

relecture : Pascale Barbey 

 

Là où vivent les loups, de Laurent Guillaume,

301 p, 19,90 €, Denoël, Sueurs Froides.





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