Tout le pouvoir aux soviets


de Patrick Besson. Par Guillaume Chérel.

Mon coco de père aurait aimé lire le nouveau Besson !



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Chronique littérature


Le pouvoir aux soviets
Patrick Besson
Crédit photo : Bruno Klein/Plon


J’ai pas mal de points communs avec Patrick  Besson

ne lui en déplaise…

J’ai commencé par être scolarisé dans le même bahut, à Montreuil,

une dizaine d’années après lui, un lycée en forme

de faucille et marteau nommé Jean Jaurès... 

 

Etonnez-vous après ça 

qu’on ait écrit tous les deux dans l’Huma !


Quand j’étais jeune, mon coco de père me parlait souvent de ce Patrick Besson qui écrivait des nouvelles dans son journal de classe. Puis il a acheté son roman Dara, parce qu’il avait une maîtresse, à Cuba, du même prénom.

 

Mon père mettant un temps fou à lire son roman, je lui ai emprunté, pour voir. 

 

Ça m’agaçait un peu qu’il me bassine avec ce Besson, au lieu de m’encourager à écrire, ou à devenir footballeur, mon rêve le plus cher.

 

Alors, mais je me suis mis à lire, et écrire, comme Besson, que j’ai parfois chroniqué, plus tard, en le taclant gentiment.

 

Vanne de banlieue…

Qui aime bien charrie bien.

Je devais être un peu jaloux, j’avoue.

 

J’ai un autre point commun avec Patrick, qui aime aussi le foot et écrit comme un dribleur-buteur de l’ex-Yougoslavie (un mixe entre Skoblar et Susic : les amateurs apprécieront), nous avons eu tous les deux un pote montreuillois qui s’appelait Akkouche (sauf que lui c’était le grand-frère, avec qui il s’est battu, d’après la légende, et moi le petit, Mouloud, auteur de polar, dont j’ai récupéré le prénom dans un de mes premiers romans : Les enfants rougesqui se passe à Montreuil et Bagnolet).

 

Besson est gémeaux, comme tous les meilleurs écrivains français (Sartre, Sagan, Cocteau…) et moâ. Il a été l’ami de Jean-Edern Hallier (pareil, à moindre niveau), à l’Idiot International et a traîné ses guêtres à Messidor, l’ex-maison d’édition du PCF, et j’ai écrit dans le Magazine Le Point, après l’Huma, où il sévit encore lui.

 

Nos points communs s’arrêtent là.

 

Il est beaucoup plus connu que moi, a publié plus de livres, a eu des prix, pas moi, et se réclame des Hussards alors que j’ai toujours préféré lire Jack London, même si j’apprécie évidemment Blondin (que j’ai rencontré… bourré) et Nimier, entre autres.

 

De Patrick Besson, j’apprécie la plume, le talent, l’intelligence, la franchise, l’humour, et surtout sa liberté. C’est un peu le Gérard Depardieu l’édition germanopratine, en moins gros mais aussi gourmand. Il n’est jamais là où on l’attend.

 

On le croit Serbe, il est à Nice. On le voit à Nice, il écrit sur Moscou et Saint Pétersbourg.

 

Besson n’aime pas London. Il doit lui préférer John Reed, l’auteur des Dix jours qui ébranlèrent le monde, seul américain enterré au Kremlin. Besson connaît très bien la littérature en général et la russe en particulier.

 

C’est d’ailleurs, à mon humble avis, le vrai sujet de Tout le pouvoir aux soviets, son nouveau roman paru chez Stock, que j’ai lu en pensant à mon père, Guy. Incinéré, en 1999, avec dans sa poche de veste un exemplaire de l’Humanité.

 

Y’avait-il un article de Besson dedans ? Je ne sais plus. Même si c’est moi qui lui ai glissé le journal dans la Poche, avec les aventures de Pif le chien dedans.

 

Toujours est-il que j’ai à nouveau lu Besson, en pensant à mon père, et en le considérant un peu comme mon grand-frère. Un modèle à égaler, voire à dépasser.

 

C’est ainsi qu’Hemingway voyait le métier : entrer dans la carrière pour casser la gueule à nos aînés, pour paraphraser Baudelaire et Ferré, et provoquer le champion du monde en titre : à l’époque Tolstoï… Aujourd’hui Guillaume Muzo. J’décooooonne !

 

Le nouveau Besson raconte les déambulations d’un jeune banquier, Marc Martouret, né d’une mère russe antisoviétique et d’un père communiste français, tombé amoureux d’une jeune femme russe.

 

Ce n’est pas autobiographique puisque la mère de Patrick Besson était croate et son père… je ne sais plus mais sans doute pas communiste. C’était mon père qui l’était, vous l’aurez compris, comme celui du roman de Besson.

 

Mon camarade père aurait apprécié de retrouver les noms de Thorez, Duclos, Waldeck-Rochet, Marchais, l’homme du bilan « globalement positif », alors que le sien, de bilan, est carrément négatif, puisqu’il a caché avoir travaillé en Allemagne, pendant la guerre, lui qui allait devenir le secrétaire général du PCF, le parti des « 75 000 fusillés »...

 

C’est qu’ils en ont avalé des couleuvres les communistes, et pas seulement mes parents. Besson relate toute cette période, depuis Lénine jusqu’à aujourd’hui, sans jamais citer Poutine, si je ne me trompe.

 

Besson est très habile. Par contre, il n’oublie pas l’URSS de Brejnev et le cinquantième anniversaire de la Révolution d’octobre 1917.

 

Bref, il est aussi question du fameux père russe, grâce à des flash-backs. Construit comme une poupée russe nous dit l’éditeur, Carcassonne, Besson passe d’un personnage – le fils, le père – et d’une époque à l’autre : de 1908 avec Lénine à Paris, à aujourd’hui.

 

Ce n’est pas un roman nostalgique d’une époque révolue - pas plus que révolutionnaire - c’est un constat froidement lucide.

 

Le meilleur des Besson (ça doit être dur de s’appeler Besson, quand on est français et qu’on a de l’ambition : coincé entre les deux opportunistes, Philippe et Eric, et Luc : au secours !!!) n’a pas besoin d’en rajouter sur le fiasco et les crimes staliniens.

 

Pas question de faire de l’anti-communisme primaire. On ne tire pas sur un cimetière (ce n’est même plus une ambulance). Il rappelle juste les faits : le PCF à moins de 5%, lui qui fut à près de 20-25 %, et le parti d’Aragon et de Picasso.

 

Comme l’époque de l’ORTF (où mon père travaillait !, décidément…), avec les débats politiques qui sentaient la clope, et les feuilletons, période Stellio Lorenzi, aux messages progressistes, comme dans Rahan.

 

Patrick Besson ne semble pas nostalgique, il se souvient, évoque des souvenirs, c’est tout. Ça fait partie de l’Histoire. « Notre » histoire, d’ancien compagnon de route, comme on disait avant, cher camarade auteur.

 

Pas plus qu’il regrette le gouffre financier dans lequel se trouve l’Humanité, ni l’époque où le monde était divisé en deux : exploiteurs et exploités.

 

Ça n’a pas changé tant que ça mais c’était autre chose, un autre monde, une autre histoire en train de se faire sous nos yeux à une vitesse exponentielle. Il faut bien calmer les choses, arrêter le temps, à défaut du vent, et mettre ça sur le papier.

 

C’est le rôle de l’écrivain, si tant est qu’il ait un rôle… et Besson (le meilleur des Besson) en est un.

 

Son personnage, Martouret le banquier, peut paraître un tantinet cynique, comme Besson, sauf quand il tombe amoureux, dans ce cas il devient non pas romantique, au sens commun du mot, mais démesurément passionné, comme un vrai slave, un cosaque des grands sentiments.

 

Besson doit vouer un culte à l’amitié, au sens où Panaït Istrati la décrivait. Il faut dire qu’il a eu la chance d’avoir un père communiste qui aimait Dostoïevski… Nous y voilà.

 

Tous les plus grands écrivains de l’ex-Union soviétique sont cités, de Pasternak à Pouchkine, évidemment (référence à un de ses meilleurs romans), Maïakovski, Gorki, en passant par Boulgakov, Soljenitsyne.

 

Même le Lolita de Nabokov est cité (mais pas Andreï Biely), comme Flaubert et Balzac et de Beauvoir et Sartre et Algren et (« le Juif » ?) Lanzmann.

 

Il est même question des Thibaut (Roger Martin du Gard)… ça nous rajeuni pas.

 

En réalité, le communisme, ce « dinosaure affamé », Besson s’en tape comme de l’an 40, dans ce roman qui se voudrait provoquant, peut-être, pour les bourgeois qui lisent le Point.

 

Il n’y a pas de réelle histoire, au sens romanesque, dans ces Soviets. Lui ce qui l’intéresse c’est la littérature dans son ensemble.

 

Son « vrai » monde est l’écriture. Besson est un écrivain qui préfère citer Goethe : « Grise est la théorie mais vert est l’arbre éternel de la vie » que Che Guevara et Jean Ferrat. Deux des héros de mon vrai coco de père.

 

Tout le pouvoir aux soviets,

de Patrick Besson, 267 p, 19 €, Stock

 

 

Guillaume Chérel

relecture : Pascale Barbey





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