Ma Zad


de Jean-Bernard Pouy. Par Guillaume Chérel.

Pouy encule et gueule !



Publicité éthique et responsable avec OkoClick



Chronique littérature


Ma Zad
Jean-Bernard Pouy


Cette histoire de Zone A Défendre (ZAD) est un thème d’actualité, comme on dit, rapport à Notre-« Drame »-des-Landes, mais ça fait un bail que ça existe et Jean-Bernard Pouy, qui fait son retour à la Série Noire, avec Ma Zad, le sait bien. Lui ce qui l’a intéressé c’est de renouer avec le polar engagé-enragé, noir et déconnant.


Jean-Bernard Pouy (Papa Poulpe, alias JB pour les intimes)

c’est un peu le Jean-Luc Godard du polar.

Ça tombe bien parce que ça rime…

et qu’il aime jouer avec les mots, le JB, comme avec les concepts.

 

Môssieur était membre des Papous dans la tête et a l’Oulipo dans la peau, je le rappelle à iceux et z’ycelles qui ne le sauraient pas.

 

Je perds le fil : qu’est-ce que je disais ? Ah ! oui, Godard : impossible de deviner ce qui va se passer au chapitre suivant quand on lit un Pouy. C’est son point commun avec le cinéaste mais en plus drôle et engagé.

 

Dans Ma Zad, Pouy et son personnage partent en vrille comme Neal Cassady prenait la route sur un coup de tête pour retrouver son pote Jack Kerouac.

 

Sauf qu’ici ça se passe en Bretagne les retrouvailles avinées, olé ! 

 

Voilà le pitch relu et corrigé par Stéphanie Delestré qui a remplacé Aurélien Masson. C’est de la petite cuisine interne mais sachez que la Delestré (ex-Albin Michel la commerciale) est passée par les éditions Baleine, maison indépendante qui eut son heure de gloire, il y a une quinzaine d’années, déjà !

 

(j’en fus, grâce à Jibé), et grâce au personnage de Gabriel Lecouvreur, l’enquêteur libertaire du Poulpe anti-SAS…

 

Vous me suivez ? Le dit-Masson (Aurélien) avait remplacé le « gros » pote de Pouy, Patrick Raynal.

 

Le petit monde de l’édition c’est devenu comme le foot : un jeu de chaises musicales. Et j’adore faire des digressions, comme papa Poulpe et Enrique Vila-Matas, voire Philippe Jaenada (entre parenthèses tous très drôles à l’écrit). 

 

Bref le pich : Camille Destroit, quadra, responsable des achats du rayon frais à l'hyper de Cassel, est interpellé lors de l'évacuation du site de Zavenghem, occupé par des activistes.

 

À sa sortie de GAV, le hangar où il stockait des objets de récup destinés à ses potes zadistes n'est plus qu'un tas de ruines fumantes, son employeur le licencie, sa copine le quitte... et il se fait tabasser par des crânes rasés.

 

Difficile d'avoir pire karma et de ne pas être tenté de se radicaliser !


Heureusement, la jeune Claire est là qui, avec quelques compagnons de lutte, égaie le quotidien de Camille et lui redonne petit à petit l'envie de lutter contre cette famille de potentats locaux, ennemis désignés des zadistes, les Valter.

 

Alors, évidemment, le quadra se tape la minette de vingt piges et il rumine du Noir car Pouy joue avec les codes du roman noir et comme feu James Crumley, à qui ce road-trip fait penser, il fait ce qu’il veut parce qu’il n’a plus rien à prouver après plus d’une centaine de livres écrits librement.

 

S’il a envie d’évoquer ses films et groupes de rock préférés ou des livres qui l’ont accompagné dans sa vie, et bien il s’autorise à le faire.

 

JB Pouy c’est le chaînon pas manquant marquant entre ADG et Manchette chez nous, en France franchouillarde. Il fait le lien entre Chandler-Hammett et Wittgenstein le philosophe.

 

Et à la fin son anti-héros se fait Hara-kiri après avoir osé faire des jeux de mots qui nous rappellent Coluche et le professeur Choron plus que Raymond Devos.

 

Et pourtant Pouy pencherait plutôt vers Cavanna l’érudit de Charlie : tu dis ?

 

J’ai eu la chance de croiser Pouy, il y a un an dans le Marais, et il m’avait dit être en train d’écrire un polar où son personnage révolté allait tout casser.

 

Sauf qu’en bon soixanthuitard anarcosyndicaliste qu’il est resté, il voit bien que le « système » (capitaliste) a plutôt tendance à gagner en cette période Trumpo-macronienne… de vie !

 

Pour le moment, parce que la révolte gronde (remember la longue grève de l’usine de thé Fralib, par exemple, qui a gagné contre le géant Unilever et créé une Scop à Marseille) et que la résistance est toujours là.

 

Les Black Blocks ont remplacé les Brigades rouges et Action Directe et Jibé reste fidèle au polar non formaté.

 

Pouy c’est le dernier des mohicans mais la relève est là, camarade, alors même si tu te permets (gratuitement) de traiter de con Jean Ferrat, alors que tu nous gonfle avec pépère Prévert, si je me souviens bien, sache que j’ai trouvé ton nouveau polar bonnard pas du tout tendance bio-bobo, à la fois surprenant et dans la tradition du Noir à la sauce Pouy et que ça fait du bien aux yeux et au cogito.

 

Ça sent le sapin mais t’as de beaux restes mon pote.

 

Par exemple, rappeler que Marcel Proust c’est chiant et terminer ton livre avec une loooongue phrase proustienne, sans points, plein de virgules, et de madeleines explosives sentant bon le Pérec de Je me souviens, en passant par Philippe K. Dick, c’est le pied !

 

Ton film (j’ai failli écrire) se termine par cette phrase :

 

« Glütz vous emmerde ! ».

 

J’ai vérifié, c’est pas seulement le nom du chat de ton livre, c’est le nom d’une commune en Suisse.

 

Welcome Home, Jean-Bernaaaard !

 

Ma zad, de Jean-Bernard Pouy, 193 p, 18 €, Série Noire Gallimard. 

 

 

Guillaume Chérel

relecture : Pascale Barbey





Télécharger
Télécharger et imprimer l'intégralité du texte.
Ma Zad.pdf
Document Adobe Acrobat 442.0 KB

Vous aimez cette chronique littérature ? Ne manquez pas de contribuer en cliquant sur l'image située à gauche

 

Même modeste, un don sera toujours apprécié !



Écrire commentaire

Commentaires: 0