Aïssa Lacheb 




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Chronique littérature


L’œuvre éclectique d’Aïssa Lacheb 

Ou du braquage à l’écriture il n’y a qu’un Bunker à franchir


Emilie
Choisissez !
Dieu en soit garde


Nauroy, 1917, les Allemands occupent les restes du village détruit, le Cornillet, et les monts de Champagne.

 

La guerre fait rage sur le front ouest. De la mer du nord à la frontière suisse, tout n’est que ruines. Dans cette désolation, une orpheline de dix ans sème des fleurs sur les tombes des soldats… Allemands !

 

Car ce sont des allemands qui donnent à manger à cette petite française abandonnée, lui faisant de la place pour dormir, la veillant quand elle tombe malade.

 

A-t-elle toute sa tête ? Comment la garder froide dans cet enfer sur terre ? Elle ne parle pas… mais que dire à des hommes dont elle ne comprend pas la langue. On croirait cette histoire inventée tellement elle est forte et belle malgré l’horreur.

 

Ce récit eut été de Michel Quint ou de Pierre Lemaître, on crierait au chef-d’œuvre. Qu’un producteur audacieux adapte ce court récit, dense, et cela fera un film mémorable. La nuit, la légende dit que les fantômes de milliers de soldats allemands errent sur cet ancien champ de bataille.

 

Ou peut-être cherchent-ils la dépouille de la petite Emilie ?

 

Entre deux boulots d’infirmier et deux romans à publier, l’écrivain Aïssa Lacheb (Boukachache) a eu envie d’écrire sur la Grande Guerre, cette boucherie qui fait partie de l’univers où il a grandi : la Champagne-Ardennes.

 

Qu’on croit aux fantômes ou pas, c’est à se demander si sa plume n’a pas été guidée par la petite Emilie, une gamine, fille de paysans tués, écrabouillés par un obus qui a littéralement explosé leur ferme.

 

Premier miracle : elle en est sortie indemne.

 

Deuxième miracle : elle est restée sur les lieux du cauchemar, errant de-ci de-là, cueillant des fleurs et des branches qu’elle posait sur les tombes de soldats enterrés – quand on retrouvait les restes de chair sanguinolente…

 

Mais remettons-nous dans le contexte 

 

L’auteur est né en 1963 à Issonne, dans l’Aisne, non loin de Reims en Champagne. Il a publié une dizaine de romans au Diable Vauvert où il s’est fait connaître avec Plaidoyer pour les justes (2001), brûlot à la Edward Bunker (Aucune bête aussi férocela Bête contre les murs…) où il déversait sa rage d’avoir subi la prison plutôt que d’être aidé par le système éducatif, entre autres.

 

Ce sont les livres qui l’ont sauvé et une mère aimante qui a fait ce qu’elle pouvait, arrachée qu’elle fut à son Algérie natale pour raison économique.

 

Aïssa Lacheb s’est récemment distingué avec un court pamphlet (Choisissez !, 2016) qui faisait suite aux attentats de Charlie et du Bataclan, où il explique, point par point, pourquoi ce n’est pas la religion musulmane qui est la cause du terrorisme prétendument islamique, publié peu de temps après un récit autobiographique (Dieu en soit garde, 2014) dans lequel il raconte ses souvenirs de petit chenapan de quartier, devenu braqueur par la force de l’entraînement entre copains de galère :

 

Pas de père (violent il a fini par quitter le foyer), pas de repères… et un contexte social défavorable. Sans en faire l’apologie évidemment (Aïssa déteste la violence), il narre les faits, rien que les faits et décrit le contexte historico-politique.

 

A 50 ans passés, Aïssa Lacheb, débarrassé de sa colère, qu’il a transformé en énergie créatrice, possède son art, à savoir écrire simplement, sans un mot de trop, il donne à voir et à comprendre.

 

Le signe distinctif des vrais écrivains qui, dans leur coin, l’air de rien, bâtissent une œuvre en solitaire, ou presque, parce qu’il est soutenu par un(e) des dernières éditrices fidèle à leur auteur. Or, pas d’éditeur, pas de livre…

 

Emilie, 122 p, 15 € ; Choisissez !, 59 p, 5 € ;

Dieu en soit garde, 250 p, 15 €, de Aïssa Lacheb 

 

aux éditions Le Diable Vauvert. 

 Guillaume Chérel

Relecture : Pascale Barbey





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