LE RETOUR DU ROMAN POLICIER GENRÉ

William Gay, Ron Rash, Chantal Pelletier, Marin Ledun, Hervé Prudon


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@ Gallimard, La Noire
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@ Gallimard, La Noire
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@ Gallimard, Série Noire

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@ Gallimard, Série Noire
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@ Gallimard, Série Noire
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@ Folio Poche




Quand on écrit, la question du genre...


... revient toujours : polar, thriller, psychologique, amour... feel-good books ? 

 

Pendant longtemps, chez Gallimard, quand on n’était pas publié dans la « Blanche », c’est qu’on était en Série Noire.

 

Sous-entendu, un auteur de « polar » de gare, donc pas vraiment littéraire

 

Mais dans ce cas, quid d’Hammett, Chandler, Himes, Goodis, Thompson, Manchette, J.B Pouy, Dantec, Jonquet, publiés en Série Noire… ?

 

De vrais écrivains pourtant. 

 

Patrick Raynal a créé La « Noire » en 1992, alors qu’il dirigeait déjà, depuis un an, la collection Série noire chez Gallimard ; ce, afin de mettre en valeur des auteurs de « romans noirs », censés avoir une plume, tels que James Crumley, Cormac McCarthy, Harry Crews, Chris Offutt, Larry Brown, James Sallis

 

Surtout des américains.

 

Bref, après quatorze ans d’activités, et 136 ouvrages publiés, Patrick Raynal quitte la maison en 2005, et la collection s’éteint avec lui.

 

Au milieu des années 2000, Aurélien Masson, le nouvel éditeur de la Série Noire a décidé d’abandonner La Noire.

 

Mais la voilà qui renaît, depuis le 21 mars dernier

 

"La Noire a pour vocation d’accueillir ces romans dits noirs, destinés à un lectorat plus éclectique, préoccupé d’une esthétique avant de l’être d’une thématique" a déclaré Antoine Gallimard

 

"Plus littéraire, pourrait-on dire, la blanche sous la noirereprend le PDG.

 

"Le noir résiste par son absence de règles et par l’humour, aux nombreuses tentatives de le définir".

 

Cette collection proposera aux lecteurs :

 

"un échantillon de ce que le roman noir offre de plus réjouissant, singulier, envoûtant et... dérangeant".

 

Soit, mais dans ce cas, lorsque Nadine Mouque, d’Hervé Prudon (mort en 2017), était publié en poche, de son vivant, il n’était donc pas littéraire ?

 

La Noire le réédite

mais ça lui fait une belle jambe.

 

Bon, on aura compris que les considérations sont avant tout d’ordre marketing (il permettra de publier les fonds).

 

Mais les auteurs publiés dans la Série Noire, actuellement, peuvent se vexer.

 

Ainsi, Marin Ledun, qui s’est spécialisé dans le roman noir engagé, vient de publier La Vie en rose (en parallèle des forces de police, Rose enquête sur l’assassinat de l’ex-petit ami puis du meilleur ami de sa sœur, Camille, laquelle disparaît également).

 

Et Chantal Pelletier (Nos derniers festins) : dans un futur pas si lointain (2044), nos assiettes sont sous haute surveillance et nos plaisirs de table passés au crible pour traquer les excès.

 

Une dystopie culinaire où se mêlent règlements de comptes, en Provence écrasée de chaleur, entre dealers de foie gras, trafiquants de fromages au lait cru et restaurateur clandestin.

 

Ferdinand, contrôleur alimentaire, débarque sur les terres de Lou, patronne de restaurant gastronomique, passionnée par la cuisine, à en perdre la raison.   

 

Ceci dit, assez ironisé, la collection dirigée par Marie-Caroline Aubert (ancienne directrice de la collection étrangère des éditions du Masque et de la collection Seuil/policiers), sous l’égide de Stéphanie Delestré (Série Noire) (re)démarre fort, en publiant "Un silence brutal", de Ron Rash, traduit par Isabelle Reinharez :

 

"Un monde est en train de s’effacer pour laisser la place à un autre. Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier.

 

Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard amoureux des truites, contre le représentant des nouvelles valeurs, Tucker.

 

L’homme d’affaires, qui loue fort cher son coin de rivière à des citadins venus goûter les joies de la pêche en milieu sauvage, accuse Gerald d’avoir versé du kérosène dans l’eau, mettant ainsi son affaire en péril".

 

Les deux autres titres appartiennent à des écrivains disparus : Stoneburner de William Gay, traduit par Jean-Paul Gratias, et Nadine Mouque d’Hervé Prudon, déjà cité :

 

"ll n’y a qu’un seul endroit pour Ron Rash et William Gay, c’est La Noire" souligne Marie-Caroline Aubert.

 

"Ron Rash, c’est absolument l’exemple, l’incarnation, la matérialisation sous forme de livre du propos de La Noire (…)

 

C’est assez difficile de nos jours de trouver des auteurs de cette qualité. Il n’y en a plus assez pour tout le monde de ce niveau-là".

 

La Noire publiera cinq ouvrages par an ; en reste donc deux pour 2019.

 

La qualité d’écriture est une nouvelle fois évoquée.

 

Marie-Caroline Aubert assure que cette collection porte une attention toute particulière à la traduction.

 

"Le choix d’un bon traducteur est indispensable"

 

Pour exemple, celle de Ron Rash par Isabelle Reinharez :

 

"Cet auteur avait commencé par faire de la poésie, il me fallait quelqu’un qui épouse la sonorité et le rythme de ses phrases" explique-t-elle.

 

Autre américaindécédé lui, William Gay, maître du southern gothic (La Mort au crépuscule) revient avec Stoneburner, un roman laissé dans un tiroir, à l’époque, parce que l’auteur trouvait qu’il ressemblait à "No country for old men" de son ami McCarthy (adapté au cinéma par les frères Cohen)

 

Pas d’enquête classique, ni sempiternel serial-killer, encore moins de suspense formaté, façon thriller, chez ces deux auteurs de romans noirs à la hauteur

 

Même s’il y a davantage d’action et de mouvement chez William Gay.

 

Celui qui sera l’invité d’honneur du salon de Saint-Maur-en-poche (les 15 et 16 juin prochains), Ron Rash, a parfois tendance à se regarder écrire, mais il s’intéresse avant tout à tout ce qui vit autour de l’intrigue : les sensations, l’ambiance, la psychologie, l’immuable, les pierres, les gens, les vies, la campagne, la montagne, la nature, un peu comme chez Jim Harrison et le grand Cormac McCarthy, Ron Rash sait créer ses personnages, avec des destins pesants.

 

Tout ce que publie Gallmeister : la littérature du Grand Dehors, ou wilderness.

 

Parution simultanée en Folio poche d’Un Pied au paradis. Traduit par Jean-Paul Gratias (le nouveau traducteur de James Ellroy), le roman de William Gay (Stoneburner) raconte le retour fracassé du Vietnam, en 1974, de Stoneburner et Thibodeaux.

 

Le premier est détective privé et rêve de se la couler douce au bord du fleuve. Il accepte de retrouver l'argent d'un deal de coke qui a capoté pour le compte de Cap Holder, ex-shérif et vieux débauché cynique.

 

Pour le même prix, Stoneburner pourrait éventuellement lui ramener la blonde et sulfureuse Cathy (on se croirait chez Crumley).

 

Mais Thibodeaux a également repéré la belle, ainsi que la valise pleine de billets verts déposée dans une voiture, la nuit, près d'une piste d'atterrissage désaffectée

 

S’ensuit une cavale de la blonde et du camé à bord d'une Cadillac noire, comme un morceau de bravoure. Étourdis par tant d'argent, ils ne cherchent même pas à brouiller leur piste, entre Tennessee, Mississippi et Arkansas

 

S'y engouffrent, l'un après l'autre, Stoneburner et un baron de la drogue local, furieux d'avoir été roulé

 

L'humour féroce et la noirceur poétique de William Gay font mouche.

 

Du même auteur, en poche, chez Folio policier : "La mort au crépuscule".

 

Un bon roman noir dresse le portrait (non le bilan) d’une société humaine. Un polar est avant tout destiné à distraire.

 

Voilà la différence. 

 

Guillaume Chérel

Relecture : Pascale Barbey

 




 

Nadine Mouque, d’Hervé Prudon, 

176 p, Gallimard Série Noire, 18 euros.

 

La vie en rose, de Marin Ledun, 

320 p, Gallimard Série Noire, 20 euros.

 

Nos derniers festins, de Chantal Pelletier,

208 p, Gallimard Série Noire, 18 euros. 

 

Un silence brutal, de Ron Rashtraduit par Isabelle Reinharez,  

272 p, Gallimard La Noire, 19 euros. 

 

Stoneburner, de William Gay, traduit par Jean-Paul Gratias, 

384 p, Gallimard La Noire, 21 euros.

 

Un pied au paradis, de Ron Rash, par Isabelle Reinharez, 

320 p, Folio Poche, 7 euros.

 





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Le retour du roman policier « genré »
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Chronique littéraire, le retour du roma
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