LE DRAPEAU ROUGE FLOTTE À BERGERAC

Hervé Dupuy, Michel Lecat


#Histoire #1945 #Photographie #Témoignage #France #Dordogne #Périgord #Creysse #URSS #UnionSoviétique #Staline #Camps #Rescapés #Humanité


Le jour où les russes stationnèrent en Dordogne


Michel Dupuy, historien
Michel Dupuy, historien
© Editions Secrets de Pays
© Editions Secrets de Pays
Michel Lecat, galerie Bondier
Michel Lecat, galerie Bondier




Introduction


Plus d’une centaine de photographies, retrouvées du camp soviétique de Creysse, ont permis de sortir de l’oubli un épisode étonnant de l’après-guerre.

 

Le métier d’historien réserve encore de belles surprises au XXIe siècle. Un jour, Michel Lecat, opticien passionné d’histoire régionale (en Périgord) reçoit un coup de fil enthousiaste de son ami Hervé Dupuy, lui-même professeur d’histoire en Corrèze : 

 

« Tu devrais jeter un œil sur une série de photos que je viens de numériser »

… lui dit-il. 


Entrée du Camp russe de Creysse
© Collection Bondier-Lecat

A première vue, ces clichés semblaient sortis des archives du Parti communiste de l’ex-Union soviétique. 

 

Or, il s’agissait d’un reportage de deux frères photographes amateurs, à Bergerac (Dordogne/Nouvelle Aquitaine), Robert et Léon Bondier. 

 

Affinant leurs recherches, les deux amis découvrent qu’ils sont tombés sur une mine d’or. 

 

En effet, qui connaissait l'existence d'un camp soviétique à Creysse, commune limitrophe de Bergerac, en 1945 ? 

 

Personne ! 

 

Pourtant, 1 550 Soviétiques (300 femmes, 1 230 hommes et 20 enfantsy ont séjourné, du 20 janvier au 12 août 1945. 

 

La découverte d'un ensemble de 119 photographies, absolument inconnues a permis de sortir de l'oubli cet épisode bergeracois.


Camps russe dortoir des femmes
© Collection Bondier-Lecat
Camps russe équipe foot
© Collection Bondier-Lecat


L'originalité de cette collection réside dans le fait qu'il s'agit là d'un camp composé majoritairement de civils, ex-travailleurs forcés, rescapés des violences nazies, et dans ce qui nous est donné à voir de la vie de ce camp à travers les diverses activités de sa population. 

 

Certains clichés, tous en noir et blancs, sont magnifiques (les défilés et la fête qui suit), d’autres émouvants (gros plans au réfectoire ou au théâtre). 

 

Selon l'historien Guillaume Bourgeois, préfacier, ce corpus constitue un témoignage visuel rare et inédit d'une « URSS stalinienne et bonhomme », ressuscitée en Périgord. 

 

Cette Petite Russie de Creysse apparaît dans le contexte d'une nouvelle alliance franco-russe voulue par le général de Gaulle. Elle dura seulement le temps du muguet.


Camps russe orchestre
© Collection Bondier-Lecat
Camps russe infirmerie
© Collection Bondier-Lecat


Rappelons que le dernier conflit mondial entraîna d’incroyables migrations de populations chassées, prisonnières et utilisées par l’armée allemande comme supplétifs ou esclaves. 

 

Les Russes y étaient en majorité. 

 

Ainsi à la fin de la guerre des milliers de Soviétiques hommes et femmes, errent à travers la France. 

 

Ils sont bientôt regroupés dans des camps comme celui de Creysse.

Selon le ministère des affaires étrangères ils furent près de 60 000. 

 

Les Français se refusèrent à les voir encombrer les casernes et leur ont destiné des camps de transit, en attendant de les renvoyer en Union Soviétique. 


camps russe défilé mai
© Collection Bondier-Lecat
Camps russe banquet
© Collection Bondier-Lecat


 

L’installation est d’abord précaire mais, avec l’aide de la population locale, issue de la résistance, qui idéalise (encore) le génial « Maréchal Staline », et la « glorieuse l’Armée rouge » les choses se font tant bien que mal. 

 

On les occupe comme on peut et des rencontres sont organisées avec les bergeracois comme ce grand banquet, mis en photos, qui réunit le 1er mai 1945 les Russes, la population bergeracoise et les autorités civiles et militaires. 

 

Sans ces témoignages photographiques, il aurait été difficile d’imaginer un camp en Dordogne décoré de l’effigie de Staline et de Lénine, sur fond de drapeau rouge, orné de la faucille et du marteau.

 

Guillaume Chérel

 

« Le drapeau rouge flotte à Bergerac », 

de Hervé Dupuy et Michel Lecat, 

190 p, 22 €, collection Histoire & Mémoires, 

Editions Secrets de Pays.





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