EROSTRATE FOR EVER

Aïssa Lacheb


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L'armée des ombres


Couverture rostrate-for-ever #Roman #Déterminisme #Ombre #Réalité #Quotidien #Direct #DamnésDeLaTerre #Verbe #Brutalité #Poésie #Style #Humanité  Aissa Lacheb
© Diable Vauvert
Aïssa Lacheb
© sous réserve de droits




Introduction


Ils se font de plus en plus rare, en ces temps de marchandisation exacerbée du produit livre, mais il reste des éditeurs fidèles à leurs auteurs, même s’ils ne sont pas « bankable ». Marion Mazauric, au Diable Vauvert, en fait partie, avec Joëlle Losfeld, et quelques autres. Ce, même si le sujet du livre de fiction n’est pas rose-fluo, coucou les hirondelles du printemps. Autant vous le dire tout de suite, Erostrate for ever, d’Aïssa Lacheb (57 ans), n’est pas le type de roman qui va vous remonter le moral, si vous êtes déprimés par la Covid et tout le toutim… 


Par contre, il peut réjouir celles et ceux qui veulent découvrir le « grand écrivain » le plus méconnu de France et de Navarre. Le secret le mieux gardé du landerneau hors Saint-Germain-des-Près. Lui, vous ne le verrez jamais danser au café de Flore. Et pour cause, il vit à Reims et sa maison d’édition de prédilection est basée à Vauvert, près de Nîmes.

 

Maintenant que les présentations sont faites, passons au vif sujet. Il s’agit ici d’un recueil de textes regroupant cinq parcours de vie mal barrées, c’est le moins que l’on puisse dire. 

 

L’auteur de Plaidoyer pour les justes et de Scènes de la vie carcérale, sait de quoi il parle, quand il décrit le chemin de croix et la chute d’individus victimes de déterminismes dont ils ne savent pas s’extraire. Le peuple de l’abîme aurait dit Jack London. Les exclus, on les nomme aujourd’hui, comme si c’était un statut irrévocable, comme celui des « migrants ». 

 

Il les a forcément rencontrés, croisés, observés, avant d’être emprisonné pour braquage (il y a prescription aujourd’hui), maintenant qu’il est devenu le Edward Bunker (Aucune bête aussi féroce) de la littérature française. On pourrait aussi citer Alphonse Boudard, René Frégni et/ou Nan Aurousseau, dont il partage le gout des belles lettres trempées dans le vécu de basse-fosse. 

 

Comme ses illustres prédécesseurs, ou contemporains, il n’a pas besoin d’imaginer pour décrire la réalité brutale. Et il connait leur « parlé ». Que ce soit celui des membres d’une famille vivant en HLM, sous le joug d’un père et mari violent, ou ces galériens que sont les junkies-dealers, survivants dans une mansarde, dont on sait qu’ils vont mal finir… Puisqu’ils ont mal commencés.

 

Pas de happy end à la fin. Ici, on n’est pas dans le genre feel-good book. Les protagonistes ne se parlent pas, ils s’aboient dessus. Ils ne dialoguent pas, ils se tapent. Il n’y a que la langue de Lacheb qui résiste au néant, au cours de ces traversées, de ces naufrages poignants où, malgré tout, surnage la poésie d’une humanité en décomposition, confrontée aux éléments, à la nature sauvage (il pleut, il vente, il fait froid dehors), jusqu’à rejoindre le limon originel. 

 

Une fois encore, Aïssa Lacheb sait de quoi il retourne, lui qui est devenu infirmier (à la base), en Champagne, pas à l’hôpital Américain de Neuilly-sur-Seine. Le sujet ici, c’est le verbe. Les damnés de la terre ne sont qu’un prétexte pour faire entendre la voix d’un auteur singulier qui sait changer de style, de rythme, de respiration, à chaque nouveau livre. 

 

En atteste son très joli récit (Emiliemême éditeur) sur la guerre de 14-18. Dans ce conte moderne, il éclairait de sa plume de conteur la beauté tragique de l’âme humaine. 

 

Érostrate for est plus sombre parce qu’il n’a que la souffrance sans espoir. Au lecteur de comprendre qu’il n’y a sans doute que l’amour, et la solidarité, pour lutter contre l’inacceptable. Il n’évoque ni l’éducation, ni le militantisme, encore moins la politique. Une fois encore, tel le conteur Panaït Istrati, Aïssa Lacheb donne sa voix aux sans voie. Il joue son rôle d’écrivain, humblement, dans l’ombre lui aussi. Il serait temps qu’il soit dans la lumière.

 

Guillaume Chérel

 

 

Erostrate for ever, de Aïssa Lacheb, 

230 p, 18 €, Au Diable Vauvert.


"La terre est belle ?... mais non, c'est un mensonge !... toute la beauté vient de notre coeur, tant que ce coeur est plein de joie. Le jour où cette joie s'envole, la terre n'est plus qu'un cimetière"

 

Extrait de "Kyra Kyralina".

- Panaït Istrati -






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