Un bon écrivain est un écrivain fauché


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Yannick Bourg

 Préface

 

Les conditions de l'écrivain

ou

Les pieds dans le plat 

 

  par

Yannick Bourg

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Diplômé d’arts appliqués, peintre, écrivain, rock critic

(Les Inrockuptibles, Photo, Nova Mag, Le Jour, Minimum rock’n’roll…),

guitariste, poulpeur, web activiste (Davduf.net), traducteur

Yannick Bourg a été l’un des fondateurs de la revue Combo !

Il est publié depuis 2003 sous le nom de Jean Songe.

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Au (long) cours de ma vie, j'ai déjà été traité de pas mal de noms d'oiseau, mais la seule fois où quelqu'un m'a dit que j'étais vulgaire, c'est sorti de la bouche d'un directeur de collection, le cul calé dans son fauteuil, derrière son bureau niché dans une très respectable maison d'édition parisienne, xxxxx (le cul, le bureau, c'est dans ma tête, tout s'est passé au téléphone, mais la conversation était réelle, bien que la réalité m'ait toujours posé problème). 

 

Ce monsieur salarié me reprochait d'aborder de front la question de l'argent, quelle indélicatesse, ça ne se faisait pas de demander de but en blanc combien cette très respectable maison était prête à me verser comme à-valoir (un à-valoir, c'est la somme que touche l'écrivain avant la sortie de son livre en librairie; en général, le généreux éditeur lui verse une première moitié du montant à la signature du contrat puis la seconde à la parution du livre). 

 

Puis, de façon très paternelle (je l'imaginais poser sa paluche sur mon épaule), il a ajouté que je ne devais pas envisager de vivre de mon écriture, que ce n'était pas un métier et que ça devait rester une passion. On était au début de l'année 2006 et j'ai cru qu'une machine à remonter le temps m'avait propulsé vers le milieu du 19è siècle ou peu après. 

 

J'avais publié quatre romans (et fait le nègre pour un cinquième; un nègre, c'est un monsieur, pas beau, ou une dame, pas belle, qui écrit à la place de celui ou celle qui signe le livre et dont le nom apparaît en gros sur la couverture (comme il est connu, il est beau d'office - jeu de mots à l'intention des libraires et des initiés - et il y a des romans écrits par des nègres, je confirme) et cet homme me faisait comprendre que je devais m'estimer heureux que xxxxx soit disposé à m'accueillir au sein de sa merveilleuse structure, ses fourmis industrieuses allaient s'occuper de moi et transformer ma vie d'écrivain (d'autres prestigieuses maisons d'édition ne se soucient pas de verser un à-valoir, leur label doit suffire à la joie de l'écrivain, homme de peu). 

 

La structure, j'en avais mesuré la fiabilité avec ma précédente expérience chez la toute aussi respectable maison xxxxx, mon roman était passé directement à la trappe (fin de la collection avec la parution de mon titre = zéro promotion ; le plus amusant, c'est qu'ils m'ont refait le coup avec mon dernier bouquin publié, “ Ma vie atomique “), personne ne l'avait lu, personne ne l'avait acheté, et si je n'avais pas fermement négocié mon à-valoir, ce livre aurait fait un trou noir dans mon existence et dans mon compte en banque. 


Je connais deux façons d'exister pour un écrivain. L'égo et le pognon. L'écrivain veut être aimé et avoir des lecteurs. Gourmand, l'écrivain. La reconnaissance et le fric, il les obtient très rarement ensemble. 

 

Comme on ne peut pas garantir les lecteurs, je prends le fric, je suis vénal; et puis un livre, c'est du temps, je bosse à temps plein (mais je ne suis pas très fulgurant), et je ne connais pas beaucoup de boulot où l'on accepte de bosser à l'œil, je l'ai dit à ce monsieur et on en est resté là. 

 

Fin de la conversation, enfin j'ai ajouté que, puisque j'étais vulgaire, qu'il pouvait aller se faire enculer. 


La réalité réelle, c'est qu'en dix ans, l'écriture m'avait rapporté environ 60.000 euros. Soit 6000 euros par an, 500 euros par mois. Et dans l'écriture, j'inclus les traductions, divers travaux plus ou moins liés à la presse, et une bourse qui m'a permis de vivre correctement pendant 6 mois en 2003. 

 

Il n'y a pas de quoi faire le fanfaron (surtout que, depuis 2009, ça s'est effondré un peu plus).


Je ne veux pas faire larmoyer dans les chaumières, j'ai choisi l'écriture, mais j'expose des faits peu visibles, passés sous silence et qui concernent pourtant 98% des écrivains, qui sont au cœur de la machine-livre. 

 

Il reste une solution pour beurrer ses biscottes sans sel, c'est le cinoche (ou la TV). Un producteur (ou une maison de production; maison d'édition, maison de production, que de maisons, ça doit venir des maisons de passes) prend une " option " sur un livre et verse une somme que se partagent à 50% l'écrivain et l'éditeur (je dirais dans les quelques milliers d'euros chacun, on me corrigera si besoin est) et ce producteur a une année pour lever les fonds nécessaires au film. 

 

Si à l'issue de ce délai, il ne les a pas trouvés, l'éditeur et l'écrivain gardent le fric, mais si le film peut se réaliser, on négocie un nouveau contrat et l'éditeur et l'écrivain se partagent toujours à 50% la somme (un écrivain un peu connu peut obtenir 75%, et une star - comme l'était Simenon - peut tout rafler), qui doit tourner autour des 100.000 euros, là encore on peut rectifier, ça fait longtemps que je n'ai pas vendu de bouquin au cinoche, en fait, je n'ai jamais vendu de bouquin au cinoche, mais j'aimerais bien. Je n'ai pas de gros besoins et je pourrais tenir un petit bout de temps. 


Amis écrivains, parlez vrai, parlez pognon ; et plutôt que de comparer nos égos, comparons nos porte-feuilles. Paul Auster, qui n'est pas le pire d'entre nous, a écrit un livre réjouissant sur ce sujet, " Le diable par la queue "


Amis visiteurs, toujours envie d'être écrivain ?

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Guillaume Chérel
Jack London


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