Avec toutes mes sympathies




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Chronique littérature


  La malédiction des Hemingway frappe encore


Maurice G. Dantec - prodiges & outrances
Marie Talvat et Alex Laloue
Olivia de Lamberterie


 

J’ai la chance d’avoir été soutenu, deux fois (pour mon « policé » : "Un bon écrivain est un écrivain mort", paru chez J’ai Lu), par Olivia de Lamberterie, éminente critique littéraire à Télématin (France 2) et au magazine Elle.  

 

Aussi, quand j’ai découvert qu’elle publiait un livre à la rentrée littéraire, j’ai eu envie de le lire… par curiosité empathique (on a tendance à aimer celles et ceux qui… vous apprécie).

 

Bref, le titre, « Avec toutes mes sympathies », a priori banal, m’a un peu inquiété… puis, au cours du poignant récit, j’ai compris le clin d’œil.

 

Alex, son frère, s’est suicidé au Canada. Au Québec, plus précisément. Et là-bas, dans la « belle province », en guise de condoléances, il est de coutume de dire : « Avec toutes mes sympathies ».

 

Voilà pour le titre. Passons au récit.

 

Il s’agit là d’une confession, d’un témoignage biographique poignant, parce que c’est une passionnée de littérature qui l’a rédigé : « La lecture est l’endroit où je me sens à ma place », écrit-elle.

 

Olivia de Lamberterie se fiche littéralement à poil quand elle ose se gausser du milieu coincé, étriqué, empesé de vraies fausses valeurs morales « bourgeoises » :

 

nous avons nommé le seizième arrondissement de Paris, ou du microcosme de l’édition germanopratine qu’elle connaît bien : « Les mauvais livres me volent ma vie », confie la critique au Masque et la plume (où elle n’est pas la plus violente).

 

Elle se livre et se met (enfin ?!) en colère contre les jugements hâtifs et la bonne conscience (donner naissance à un enfant trop jeune ? hors mariage par exemple…). Et l’on découvre une personnalité moins « aristo » et policée qu’elle en a l’air, à l’écran, lorsqu’elle se dit émue, bouleversée par un beau et grand roman d’amour.

 

Olivia de Lamberterie a le don de donner envie de lire les bons livres. C’est une passeuse.  Une positive. Mais dans la « vraie vie », c’est une battante. Une femme tourmentée. Une mère de famille présente. Une épouse aimante.

 

Bref, une femme moderne mais aussi une (grande) sœur inconsolable. Tout simplement parce qu’elle n’a pas pu empêcher le suicide programmé de son (petit) frère adoré, lequel lui explique simplement que « la vie, c’est pas mon truc ».

 

Elle s’est sentie impuissante quand elle l’a retrouvé « chez les dingos », lui si blond camouflant une âme si noire.

 

Ce livre va sans doute l’aider à lâcher prise.

 

Non pas à « faire son deuil », expression qu’elle abhorre. Mais à vivre avec… cette absence. Qui est évidemment la plus grande des présences, comme nous le rappelle Proust.

 

Et ça lui coûtera moins cher que d’aller s’épancher sur le divan d’un psy.  

Plutôt que de hurler et de s’engueuler avec les c… , Olivia de Lamberterie a préféré s’exprimer par écrit :

 

« (…) mon roi nu me semble plus vivant que tous ces visages dépourvus de rides (il est question de la fashion-week ndla), et ses amis au regard effacé plus censés que cette assemblée de fausses-semblantes. Qui est mort, qui a tort ? Ces gens ne savent pas qu’ils ont perdu la raison. »

 

Le jeu de mot peut sembler facile mais grâce à l’écrit elle pousse un cri silencieux, couché sur le papier à jamais :

 

« Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions, écrit-elle encore. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux. Moi, je ne voulais pas me taire. ». C’est dit.

  

Avec toutes mes sympathies, de Olivia de Lamberterie,

253 p, 18,50 €, Stock.

Guillaume Chérel

Relecture : Pascale Barbey





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