Comme des bleus


De Marie Talvat et Alex LalouePar  Guillaume Chérel.



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Chronique littérature


 

 Le sang neuf du Néo-néopolar X, Y, Z…


Maurice G. Dantec - prodiges & outrances
Marie Talvat et Alex Laloue


 

Ces deux-là sont agaçants : ils sont beaux (surtout elle !), drôles, ils s’aiment et ont du talent. Je veux parler du sang neuf du polar à la française, qui avait une fâcheuse tendance à se complaire, ces dernières années, dans le roman policier commercial de loisir…

 

Suivez mon regard : ces bouquins écrits comme des séries US de seconde zone. J’ai nommé Marie Talvat et Alex Laloue jeunes mariés, elle tatouée tatoueuse, lui flic déjà fatigué des lourdeurs administratives et autre hiérarchie bornée.  

 

Paris, novembre 2016. Un sordide assassinat d’une femme enceinte secoue l’opinion publique. La brigade criminelle est sous pression. Il faut dire que tous les ingrédients du scandale sont réunis : une victime éventrée, fille d’un ténor du barreau, des élections qui approchent

 

Les deux « bleus » doivent faire leurs preuves, chacun dans son domaine : "On est une belle brochette de jeunes cons qui débarquent dans la vie avec l’ambition de tout bouffer et le manque d’expérience de ceux qui n’ont jamais eu une seule assiette devant eux" écrit Alex Laloue. (…)

 

On fait partie de cette génération qui n’arrive pas à se gérer elle-même sans un tag Facebook, mais en qui les « adultes » mettent tant d’espoirs qu’il va bientôt nous être demandé, chacun dans notre domaine, de rendre le monde meilleur. Et ça nous terrifie (…) ».

 

La fameuse « génération Y » se la joue blasée, revenue de tout, alors qu’elle n’est encore arrivée à rien

 

Tout leur paraît facile et accessible : ils chopent sur internet, font du shopping sur leur smartphone, mais le moindre contact humain les effraie.

 

D’ailleurs, Marie Talvat et Alex Laloue, couple à la ville comme en littérature, osent l’écrire : ils pleurent volontiers et ont souvent peur… de la « vraie » vie ; une fois la tête relevée des écrans divers et variés.

 

C’est un des intérêts de ce polar de bonne tenue, de bout en bout. Flic en disponibilité, Alex Laoue sait de quoi il parle, quand il décrit le fonctionnement d’un « pool » de flics solidaires mais également capables de se tirer dans les pattes pour se faire bien voir et monter dans la hiérarchie.

 

Comme sa chère et tendre (Marie Talvat / Pauline Raulan), il a de l’humour (et de l’amour) à revendre (les répliques font mouche) et des valeurs à défendre.

 

Ils sont à la fois rebelles et disciplinés, organisés et rock and roll. Parfois puérils et d’une maturité renversante.

 

Le récit écrit en polyphonieà quatre mains quoiapporte vraiment quelque chose à la narration, parce qu’on ne s’ennuie jamais, grâce au changement de style, de rythme, passant, tour à tour, d’Elle à Lui, du féminin au masculin, ce qui donne la délicieuse impression d’être dans leur tête à chacun(e).

 

Le couple se relisant chaque jour d’écriture, chacun est devenu le correcteur de l’autre : "Une scène de crime, c’est un peu l’agitation de Wall Street, mais avec les moyens d’une compagnie de taxi-brousse.

 

Chacun court partout, avec en tête une mission bien précise. Relevés de traces ADN, d’empreintes digitales, photographies en détail de chaque angle du lieu du massacre.

 

Chacun son rôle. Et le mien, c’est d’aller voir ce que les voisins peuvent me dire sur ce joli brin de fille cueillie par un véritable sadique".

 

Ainsi s’exprime Arsène Gallien, alias Alex Laloue, 28 ans, dernière recrue du groupe de la Crim’ chargé d’une enquête à rebondissement.

 

Sa route croisera celle de Pauline Rauman (Marie Talvat à la plume), 28 ans également, journaliste débutant au Baromètre, sorte de Mediapart, en plus racoleur, voisine directe de ladite victime.

 

Arrive ce qui ne devrait pas arriver : l’amour et autre attraction des corps s’en mêlent. L’affaire déjà bien glauque déraille.

 

« Comme des Bleus » fonctionne parce que c’est un roman policier authentique et réaliste. Pas d’esbroufe et d’effets gore ici. Ni de fascination morbide pour les serial-killers (assez !!! please…).

 

Ainsi, la scène de la bouteille reçue sur la tête par une collègue du narrateur pourrait sembler arriver comme un cheveu sur la soupe mais elle rappelle le quotidien des flics quand ils pénètrent dans des zones de quasi-non-droit, en l’occurrence une cité de banlieue.

 

Bref, de quoi passer un bon moment, sans sacrifier au sempiternel coup de théâtre formaté, à chaque fin de chapitre, inhérent au genre polar scénarisé, comme on en voit trop ces derniers temps.

 

La chute finale vaut son pesant de cannettes, bues en fin de journée pour décompresser, que ce soit dans la presse, ou dans la police.

 

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Ce qui tendrait à prouver qu’en littérature, comme en amour, c’est mieux à deux. Une suite est annoncée. On a hâte. 

 

Comme des bleus, de Marie Talvat et Alex Laloue,

320 p, 17,90 €, Plon / Sang Neuf.

 

Guillaume Chérel

Relecture : Pascale Barbey


Interview


Ils arrivent dans le monde du polar avec ce premier roman déjà abouti, "survolté et aux dialogues savoureux" selon le magazine Lire.

Marie Talvat et Alex Laloue vous en disent un peu plus

sur les coulisses de "Comme des bleus"






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