L'instant décisif


de Pablo Martin Sanchez. Par Guillaume Chérel.



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Chronique littérature


Roman L'Instant décisif

Nos pasaran ! (Ah bon, ils sont passés ?)

 

Ce qui est sympa avec les blogs c’est qu’on peut écrire à la première personne. Je vais donc vous raconter un peu ma vie ici, avant d’évoquer un livre et un auteur intéressants.

J’ai des origines espagnoles, du côté de ma mère, comme on dit… du côté de Lolita, on s’appelle Godinez et ça vient de son père, mon grand-père (se dice abuelo, en espanol) Eusebio Godinez… dont la mère s’appelait Angela Torrecilla

 

 


 Olé ! Mon quart de sang espagnol venait d’Andalousie et d’Estrémadure (province à la frontière portugaise, sous dictature Salazariste à l’époque), qui était la terre la plus pauvre d’Espagne, avant que Franco impose sa dictature catholique.

 

Mon grand-père était un fils d’immigré venu en France pour raison économique. Il est devenu communiste et est retourné en Espagne combattre Franco avec les républicains et les Brigades Internationales.

 

C’est le thème principal de mon roman intitulé "Les Pères de famille ne portent pas de robe" (Julliard, 2004).

 

Tout ça pour dire que tout ce qui se passe en Espagne m’intéresse, notamment sa littérature. Mon grand-père aurait été italien, ou corse, cette histoire d’indépendance catalane m’aurait moins intéressé. C’est aussi bête que ça, ces histoires de nationalisme et régionalisme.

 

Bref, dès que je tombe sur un bon livre qui évoque l’histoire récente de l’Espagne, je le lis, et le commente s’il m’a plu.

 

Basées dans les Hauts-de-France, les éditions de la Contre Allée s’intéressent à ce qui se passe en marge de la société, notamment en Espagne. L'instant décisif, de Pablo Martin Sanchez, se déroule sur 24 heures et débute le 18 mars 1977, le jour de naissance de l’auteur, à minuit.

 

Nous sommes à Barcelone, peu de temps avant les premières élections démocratiques depuis la dictature, l’année la plus violente de la Transition

 

Cette année-là, il y eut plus de mille manifestations, occasionnant près de 4000 arrestations, où survint la première « tuerie » d’Atocha, un attentat à la gare du même nom fomenté par des membres de l’extrême droite (la deuxième fut causée par des terroristes islamistes, le 11 mars 2004) :

 

« Je voulais offrir une pluralité de voix et de points de vue sur cette période, explique l’auteur : celles d’une gamine, d’un jeune professeur, d’une étudiante, d’un vieux patron, d’un lévrier ou d’un portrait accroché au mur. Et ce que j’ai découvert, c’est que l'on n’a pas tout à fait réussi à résoudre les problèmes de jadis : le harcèlement scolaire, la maltraitance animale, le terrorisme, l’abus de pouvoir, le sexisme, les enfants volés… la violence, enfin, la violence dans toutes ses formes et avec tous ses masques. ».

 

Ce roman choral, traduit par Jean-Marie Saint-Lu, est d’une ingénieuse composition. La partie biographique (un bébé enlevé à sa mère) est un prétexte habile pour évoquer l’Espagne des années 80, pourrie par les affaires de corruption, trafics en tout genre, répression, terrorisme

 

Pablo Matin Sanchez (43 ans) dresse un tableau sans concession de la bourgeoisie rance de la fin du franquisme. Le style est varié, vif, alerte.

 

Un auteur à suivre, comme la maison d’édition, très impliquée dans le développement de la littérature d’expression populaire et de critique sociale, par sa participation, notamment, au salon du livre d’Arras, très axée roman noir.

 

Une littérature populaire qui dit le monde… et ses travers. Encore un livre dont on ne vous parlera pas dans les gazettes mainstream.

 

L’instant décisif, de Pablo Martin Sanchez, traduit de l’Espagnol par Jean-Marie Jean Saint-Lu, 316 p, 20 euros, Editions de la Contre Allée, collection La Sentinelle.

 

 Guillaume Chérel

Relecture : Pascale Barbey.





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