Chronique littérature - Pris de court


Roman, Frank Escoubès



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Tentative de digestion du monde


 Couverture Pris de court et photo auteur Chronique littérature roman journal intime guillaume cherel
Franck Escoubès
Crédits : © Flammarion


 

 A l’heure de la punch line, du tweet, de la recherche presque obsessionnelle, dans les médias et les réseaux sociaux, de la formule qui frappe, l’aphorisme n’a jamais été aussi actuel : « @Ulysse, ta meuf t’attend. Résumé de l’Odyssée ». Ou encore : « Skype a été le premier à me souhaiter mon anniversaire. »…

 

Pris de court, de Frank Escoubès, est construit comme un journal intime, de mai 1981 à aujourd’hui : « J’ai souhaité réconcilier l’art de la formule avec la culture décomplexée, technophile, engagée, et très contemporaine dans laquelle j’évolue en tant qu’entrepreneur du Web social », explique Frank Escoubès, entrepreneur du web engagé en « démocratie participative », nous apprend son éditeur Florent Massot, qui s’était fait connaître en publiant Baise-moi, de Virginie Despentes, il y a près de vingt ans, déjà. Escoubès est également un grand admirateur de Cioran, Desproges et Audiard, et ça se sent, se lit.

 

« Ce que j’aime à New York, c’est cette énergie si particulière. Ce que je n’aime pas à Paris, c’est cette énergie si particulière. »… Des aphorismes de ce genre, dans son ouvrage inclassable, Pris de court, Frank Escoubès en a à foison. Il oscille davantage du côté de l’éclectique et sarcastique Topor, dans le genre, que du mondain Oscar Wilde.

Sa Tentative de digestion du monde, agrémentée de superbes illustrations de Jean-François Martin (illustrateur de renom), Cléophé Lemaître, Frédérick Mansot et Fantin Sailley, est pleine de drôlerie et d’irrévérence. Soit 900 aphorismes, 200 dates et 80 illustrations pour un voyage détonnant vers le passé, le présent et le futur. Le genre de cadeau original à faire, pour Noël, à qui aura besoin de plus qu’un réveillon pour le déguster, tant il regorge de trouvailles : « Un jour, pour la première fois, quelqu’un giflera un robot. On passera un cap. ». Il fallait y penser, comme on dit… Car cela donne effectivement à cogiter.

Son projet est « d’ancrer l’Histoire (les événements clés du passé et du futur) dans une histoire plus grande encore, l’Universalité propre à l’aphorisme. Avec humour et légèreté sur des sujets profonds : « Les gens se soucient de la génération suivante, pas des générations futures. Nuance », constate-t-il.

Pris de court est fondé sur une double lecture : l’observation des changements de société, observés sur 60 ans, séquence subjective mais dans laquelle chacun se reconnaîtra, et, à chaque date clé, réelle ou imaginaire, quelques mots d’esprits qui leur font la courte échelle : « L’avenir est la censure de l’impensable. »

C’est brillant, marrant, révélateur d’une époque, la nôtre. Il s’agit ici d’une expérience de lecture, mais aussi une expérience graphique.

Qu’ajouter de plus ? Ah ! si : « Tout ce que je pourrais dire sur les superbes aphorismes de Frank Escoubès serait du temps scandaleusement volé à leur lecture ! », affirme Sylvain Tesson en exergue. Un régal visuel et cognitif. Une petite merveille d’intelligence et de beauté graphique.  

Guillaume Chérel

Pris de court (Tentative de digestion du monde), de Frank Escoubès, 173 p, 23, 90 €, Massot Editions. Illustrations de Jean-François Martin, Cléophé Lemaître, Frédérick Mansot et Fantin Sailley.

 





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