Dernières nouvelles du futur




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Chronique littérature


Patrice Franceschi sur les pas de London et Kessel


Dernières nouvelles du futur
Patrice Franceschi


J’ai la chance de connaître Patrice Franceschi,

qui ne cesse de m’étonner.

 

Il fut d’abord un aventurier à la manière des derniers explorateurs,

dans le sillage de sir Richard Burton, puis un écrivain engagé, notamment sur la question Kurde, se payant le luxe de virer le bouffon Bernard Henri-Lévy d’une rencontre de soutien au peuple harcelé

par la Turquie et oubliés de tous, ou presque…

alors qu’ils (et elles) ont botté le cul des islamistes en Irak.

 

Et en plus il écrit de bons livres !

(Prix Goncours de la Nouvelle avec 

Première personne du singulier, Points-Seuil).

 

Mais quand dort-t-il ?


Netflix a la série Black Mirrorfiction dystopique qui nous annonce les éventuels excès des réseaux dits sociaux et des nouvelles technologies en général.

 

Les éditions Grasset ont Patrice Franceschi, auteur de Mourir pour Kobané, entre autres, écrivain, aviateur et marin, l’un des derniers véritables baroudeurs à la Kessel, qui s’engage pour de justes causes (le peuple Kurde), et nous aura mis en garde sur les dangers d’une humanité déshumanisée, robotisée, dans Dernières nouvelles du futur

 

L’avenir sera-t-il à la hauteur de nos espérances ? Et si les prétendus « progrès » d’aujourd’hui devenaient nos cauchemars de demain ? Dans le sillage d’Orwell et de Huxley, Patrice Franceschi dessine pour nous, en quinze fables pleines d’humour, d’imagination et tendresse, le portrait-robot d’une humanité qui a perdu la raison. 

 

On pense aussi aux meilleures shorts stories de Jack London, le vagabond des étoiles, auteur du Talon de fer mais aussi du Bureau des Assassinats, ou Avant Adam.

 

Le tout écrit non sans ironie mais jamais de manière cynique, qu’on en juge avec la nouvelle intitulée La Traversée de Paris, où le franco-corse Patrice Franceschi s’attaque au communautarisme, et imagine la capitale en proie à la guérilla entre différentes factions qui ont pour noms : « Les autochtones de Paris », Le Bataillon des Congolais de France »,  les « Camerounais du Christ », la « Confédération des Holligans unifiés », l’Association des « Tirailleurs sénégalais anti-esclavagistes », et la « Brigade des Artistes Peintres » soutenus par le « Groupe Armé des Traders et spéculateurs réunis » (sic !).

 

On vous en passe et des meilleures. C’est à la fois hilarant et glaçant parce qu’on y est presque. L’humour étant la politesse du désespoir, on a beau savoir qu’un écrivain n’a jamais changé le cours des choses à lui tout seul, il ne nous reste qu’à espérer que l’Humanité, à force de trébucher saura un jour rester debout et enfin raisonnable.

 

Question de temps… d’évolution. Soyons progressistes, nous souffle Franceschi, exigeons les possibles, pour paraphraser une formule restée célèbre de Che Guevara (« Soyons réalistes, exigeons l’impossible »). 


2028. Depuis son observatoire de la cordillère des Andes, un astrophysicien identifie une planète jusqu’alors inconnue. Sur la surface parfaitement lisse du corps céleste, on peut lire en lettres noires : « Qui êtes-vous ? ». L’humanité tout entière se mobilise pour y répondre…  


2056. Le premier « homme augmenté » conçu par Google voit le jour. Il court le cent mètres en 4,5 secondes, soulève six cent kilos au développé-couché et son esprit calcule à la vitesse d’un ordinateur quantique. Seuls les plus riches peuvent prétendre à ces améliorations. Des émeutes éclatent…


2120. Les voyages n’existent plus, on parle désormais de « déplacements éducatifs ». Un jeune couple part « fêter » son mariage à bord de l’Oiseau de des îles, un avion solaire ultra-rapide censé leur faire découvrir les Sept merveilles du monde. Les mariés sont loin d’imaginer ce qui les attend…  


2121. Annoncé depuis plus d’un siècle, le cataclysme climatique tant redouté commence. Typhons, volcans et tsunamis ravagent la planète. En secret, le « réseau Sénèque » s’organise pour sauver ce qui peut l’être…


Extrait

 

« Le rapport précisait que les caméras de vidéosurveillance étaient apparues à la fin du XXe siècle seulement et que leur expansion avait été foudroyante ; en moins de trente ans, elles s’étaient répandues dans le monde entier comme une nécessité absolue ; leur présence définitive au milieu des hommes s’était achevée en 2026, de manière assez inattendue.

 

Cette année-là, le consortium des compagnies d’assurances suédoises avait convaincu le gouvernement d’installer des caméras dans toutes les maisons du pays afin de limiter les cambriolages et permettre d’intervenir au plus vite lors des incendies, inondations et autres accidents domestiques.

 

Dans une annexe du rapport, un certain député Olen faisait remarquer que nul n’avait trouvé à redire à la logique de ce renforcement de la sûreté déjà apporté par les caméras contrôlant l’espace public et professionnel. Le progrès était manifeste ; toutes les autres nations avaient déjà franchi le pas. » (Une journée de Dag Petersson).

 

Dernières nouvelles du futur, de Patrice Franceschi,

215 pages, 19 €, Grasset. 

Guillaume Chérel

Relecture : Marc Gagnon





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