'Boccanera ' et 'Les Infidèles'




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Chronique littérature


La punk et la geisha du polar


Boccanera
Les Infidèles


J’ai la chance de connaître personnellement les deux auteures de polar

dont je vais chroniquer les nouveaux romans ci-après.

 

L’une, Dominique Sylvain, est une « vieille briscarde » du polar, puisqu’elle fut publiée à la naissance de la collection Chemins Nocturnes, chez Viviane Hamy, il y aura bientôt 25 ans.

 

A ma grande surprise, elle s’est déplacée pour venir au lancement de mon dernier livre : « Cadavre, vautours et poulet au citron » et elle a même acheté un exemplaire que je lui ai dédicacé.

 

Je peux vous assurer que c’est rare entre auteurs. Bref, elle est cool, curieuse des autres, ne se prend pas pour une star, alors qu’elle connaît un succès qui va crescendo.

 

L’autre, Michèle Pedinielli, qui vient d’écrire son premier roman noir dans la collection l’Aube Noire, je connais sa bibliothèque… géante, avec quasiment que du polar.

 

J’ai l’honneur de faire partie des auteurs casés quelque part mais son chouchou c’est le cowboy Craig Johnson. Elle sait de quoi elle cause et il lui a fallu du courage pour enfin se lancer dans l’écriture d’un polar, sans se mettre de limite, après avoir lu les meilleurs du genre ; et je ne parle pas de moi évidemment.


De cette dernière, Patrick Raynal (dit Le Gros), annonce la couleur :

 

« Si Montale et Corbucci avaient eu une fille, c’est à Boccanera qu’elle ressemblerait ! ».

 

Les passionnés du genre auront reconnu le personnage des romans marseillais du regretté Jean-Claude Izzo, et le privé niçois que l’ancien directeur de la Série Noire a lui-même créé.

 

Sauf qu’il s’agit ici d’une… privée qui ne boit pas d’alcool mais du café et préfère marcher chaussée de Dock Martens, plutôt que de chevaucher une moto anglaise.

 

Pour le reste, on est bien à Nice et sans être « gauchiste », disons que Ghjulia (Diou) Boccanera (d’origine Corse) partage les mêmes idées de gauche qu’un certain Gabriel Lecouvreur, héros du Poulpe, qui se disait « anarcosyndicaliste ».

 

Bref, le sort des « exclus du système » (capitaliste, ultra-libéral) ne la laisse pas indifférente.

 

D’ailleurs, dans cette première enquête (car il y en aura d’autres, l’auteure-écrivaine-autrice est en train d’écrire un deuxième opus), intitulée sobrement Boccanera, un homme à la gueule de baie des anges l’embauche, à prix d’or, pour enquêter sur la mort de son compagnon, avant d’être lui-même assassiné. 

 

 

Diou va sillonner Nicia, qu’elle connaît comme sa poche, pour mettre un grand coup de Doc Martens, donc, dans un panier de crabes mêlant homophobes et autres exploiteurs de migrants qui ont fui la guerre en Syrie.

 

Le tout dans la ville la plus fliquée de France, car filmée 24 h sur 24 par des centaines de caméras de surveillance, à deux pas de Vintimille (Italie), où la misère du monde côtoie l’indécente richesse de Monaco.

 

Sans entrer dans les détails de l’intrigue, le point fort de ce polar sudiste est d’incarner un personnage féminin qui n’a pas froid aux yeux, sans se prendre pour Wonder Woman.

 

En bonne journaliste, formatrice de profession, Michèle Pedinielli sait planter le décor et manier la plume, sans esbroufe :

 

« Elle ne sait pas si elle a crié. Mais elle a fait pipi dans son tailleur bien coupé et ça a coulé dans ses bottines extrêmement chères. »

 

Elle use souvent des dialogues et sait surprendre le lecteur avec des scènes originales, comme celle torride avec le travesti…

 

Pour un premier essai, c’est un coup de maître, dans le genre roman noir qui dit le monde. Et pas un de ces thriller formaté - vite lu, aussi vite oublié – destiné à plaire à un lectorat lobotomisé.

 

Oh ! Gros Patrick Raynal, la relève est là. Le nouveau Poulpe traîne dorénavant ses guêtres dans le vieux Nice et il a changé de sexe. C’est J.B (Pouy) qui doit être content…

 

Grande fan de Craig Johnson, Michèle Pedinielli a de l’humour et de la colère à revendre. Elle n’écrit pas pour ne rien dire. Que demande le peuple ?

 

Longue vie à Boccanera !

 

Boccanera, de Michèle Pedinielli, 215 p,

L’Aube Noire, 17, 90 € 

 

Guillaume Chérel

Relecture : Pascale Barbey


La punk et la geisha du polar


Boccanera
Les Infidèles


 

Avec Les Infidèles, on est dans le polar plus classique, bien que sulfureux. Dominique Sylvain, qui a longtemps vécu au Japon, est passée « maîtresse » dans l’art de décrire l’ambiguïté des relations qui peuvent exister entre hommes et femmes, femme et femmes ou hommes et hommes… comme dans son précédent roman, très différent, Kabukicho.

 

Le corps d’une jeune journaliste est retrouvé dans une poubelle. La femme a été sauvagement assassinée non loin de l’hôtel La Licorne, dans le 15e arrondissement de Paris.

 

L’enquête est confiée au commandant Barnier… qui en pince pour son adjoint, le jeune et beau lieutenant Maze. Mais revenons au crime.

 

Sur la liste des suspects on trouve la tante de la victime, Alice Kleber, créatrice du site de rencontre Lovalibi. Elle-même aime s’envoyer en l’air à ses heures… tout en parlant à son double.

 

Nous sommes ici dans le genre polar psychologique, tout en finesse.

 

Lauréate de nombreux prix du polar Dominique Sylvain doit lire presque tout ce qui touche aux faits-divers parce que cette affaire réunit de nombreuses histoires qui ont vraiment eu lieu, comme cette malheureuse journaliste dont on a retrouvé le tronc dans la Seine, il y a quelques années, ou la fille de ce comédien connu dont la tante connaissait le meurtrier.

 

Ses polars sont toujours bien écrits, au sens bien léché : rien ne dépasse, tout est à sa place… comme au Japon. Sauf que sous la surface de l’iceberg, comme dans la théorie d’Hemingway, le non-dit boue et quand ça sort, ça explose et ça brûle.

 

Les Infidèles a le mérite de nous intéresser à plusieurs personnages, même au meurtrier dérangé. Et Dominique n’écrit jamais le même roman, comme tant d’autres faiseurs et faiseuses à succès.

 

 

Les Infidèles, de Dominique Sylvain, 300 p,

19 €, Viviane Hamy éditions.

 

Guillaume Chérel

Relecture : Pascale Barbey





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