Thomas Berger, Herman Lehmann
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Le vrai Little Big Man était un homme modeste

Introduction
Qui ne connait pas l’histoire de Little Big Man ? Ou plutôt croit la connaître, à travers le film d’Arthur Penn, avec Dustin Hoffman, dont on oublie (comme souvent) qu’il est tiré d’un livre de Thomas Berger, publié en 1964. Une nouvelle traduction en français vient d’être publiée chez Gallmeister, l’occasion de découvrir le vrai Little Big Man, car évidemment Jack Crabb n’a jamais existé. Ce qui n’est pas le cas d’Herman Lehmann, fils de pionniers allemands, arrivés en Amérique au milieu du XIXe siècle, qui fut réellement kidnappé par des Apaches, à l’âge de dix ans, dans la grande plaine texane.
Publié aux États-Unis en 1927, Neuf ans parmi les Indiens est un classique de la littérature western et des études ethnologiques sur la culture amérindienne, aujourd’hui traduit en français pour la première fois chez Séguier.
Lehmann y évoque dans une langue non dénuée d’humour, comme c’est le cas dans Little Big Man, mais exempt de tout romantisme, la violence des tribus amérindiennes entre elles, et aux prises avec les « Tuniques Bleues », venues défendre, du moins favoriser la Conquête de l’Ouest des pionniers misérables et inconscients, issus d’Europe. Revenu à la vie dite civilisée, toute sa vie il restera fidèle aux traditions de son peuple d’adoption (Apaches / Comanches) et c’est justement cet écartèlement entre les deux cultures qui fait toute la force et la valeur de son témoignage in situ, in vivo. C’est passionnant mais âmes sensibles s’abstenir. Son récit est court, vif, sans fioritures, ni pathos.
En comparaison, l’histoire de Jack Crabb, qui prétend dicter ses « Mémoires », sur un magnétophone, depuis son hospice, à l’âge de cent onze ans, parait bavard et l’œuvre d’un fieffé menteur. Même si c’est bien documenté (il croise la plupart des légendes de l’Ouest sauvage : Wild Bill Hicock, Calamity Jane, Kit Carson, Sitting Bull, Custer…), c’est tout un pan de l’histoire des westerns qui se révèle de manière romanesque, cinématographique, en cinémascope.
Nous sommes en en 1852, un convoi de migrants est accosté par un groupe de Cheyennes qui ne tient pas l’alcool. Au lieu de café, le père de Jack leur offre de la gnôle et ça tourne au carnage. Il se voit emmené au camp des indiens, suite à un quiproquo (sa sœur espère se faire « violer »… c’est d’un humour douteux), et élevé au sein de la tribu des « êtres humains ». Contre toute attente, comme le jeune Herman, de la « vraie histoire » d’un jeune blanc élevé chez les « peaux-rouges », il trouve chez les « sauvages » un idéal de vie, proche de la nature, loin de celle qu’on entend lui imposer de retour chez les Blancs…
Dans le film, adapté au cinéma, en 1970, Jack Crabb finit par se ranger du côté de Custer, malgré l’horreur du génocide, ce qui ne fut pas la cas pour Lehman, qui ne prétend pas vivre des choses exceptionnelles (alors que sa vie le fut). Le pire, c’est que Little Big Man passe pour un western où les Indiens sont enfin réhabilités, alors qu’ils sont tournés au ridicule. Dans le genre, Danse avec les loups, avec Kevin Kostner, et The Revenant d’Alejandro Iñárritu, avec Leonardo DiCaprio, sont plus réalistes.
Saluons le gros travail du traducteur, Marc Boulet, qui ne fait qu’une erreur, a priori, s’agissant de chevaux on n’emploie pas le mot de « patte » mais de « jambe ». Ce récit est aussi drôle et passionnant qu’une aventure de Mark Twain. Sept cent pages de rebondissements. Berger a un don certain de conteur. Dans les deux récits ce que les amérindiens avaient annoncé fait écho à la réalité actuelle (réchauffement climatique, pollution, etc). A choisir, si on ne veut pas être pris pour un « pied-tendre », préférons les 200 pages concises et réalistes de Neuf ans parmi les indiens. Mais lire les deux est salutaire. Passionnant.
NEUF ANS PARMI LES INDIENS, de Herman Lehmann, traduit par Nicolas Jeanneau,
200 p, 12,99 €, Séguier.
LITTLE BIG MAN, de Thomas Berger, nouvelle traduction de Marc Boulet,
700 p, 13, 50 €, Gallmeister

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