LES JARDINS D'EDEN

Pierre Pelot


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Pelot en son sanctuaire


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© série noire Gallimard
Pierre Pelot
© L'Atalante




Introduction


Le « cultissime » Pierre Pelot à la légendaire Série Noire, c’était comme une évidence. Le plus étonnant est qu’il n’y fut pas publié plus tôt. Eclectique et pluridisciplinaire (il est également artiste-peintre), cet ogre littéraire (comme le fut Jim Harrison) est connu non seulement pour avoir publié plus de 200 bouquins (dont des westerns, de la SF), il est l’auteur de « L’été en pente douce » (1987), avec le regretté Jean-Pierre Bacri. Il a surtout écrit le monumental « C’est ainsi que les hommes vivent »  (HDO), peut-être son chef-d’œuvre. Le Crao des Vosges (il a écrit « Sous le vent du monde »… qui se passe bien avant Rahan) aurait pu s’arrêter là, tant il n’a plus rien à prouver. Mais il ne peut s’arrêter d’écrire.


Cette fois, Pelot nous embarque dans Les Jardins d’Eden, un « court » roman noir, de 250 pages, comme un bon café, dense et bien corsé. On pourrait dire à l’américaine, mais façon Jim Thomson, Westlake, Crumley, Craig Johnson, James Lee Burke. Pas du jus de chaussette, tiré à la ligne, comme on en voit tant chez les marchands de quatre-saisons du « srilleur » formaté pour être lu facilement et aussi vite oublié. Une œuvre de Pelot, bien mijotée, ça se déguste, se savoure, puis se digère tranquillement, avec le temps. Il reste toujours quelque chose d’un Pelot. Tout est bon…    

 

Le pitch

 

Jipé (dit « Jip ») Sand est un journaliste revenu de tout : des illusions de sa jeunesse, des trahisons de ses proches, des lâchetés de son rédacteur en chef (l’engueulade du début vaut son pesant de cacahuètes), de son alcoolisme et d'un cancer dont il croyait avoir échappé... Il est revenu à « Paradis », dans la ville et la maison de son enfance, pour se requinquer et retrouver sa fille, Annie, alias « Na », qui ne répond plus à ses appels depuis plusieurs mois. 

 

Paradis, c’est une petite ville tranquille avec sa clinique privée, ses eaux thermales et ses fameux « Jardins d'Eden », le camping des jumeaux Touatti et de Virginia. Mais il a aussi Charapak : la casse des manouches (pas commodes), et le bois dans lequel, quelques années plus tôt, a été retrouvé le corps à moitié dévoré de Manuella, fille de la fameuse Virginia, et amie de « Na ». 

 

A l’époque, très mal en point, Jip n’a pas enquêté comme il aurait dû. Comme s’il culpabilisait - et parce que sa fille a disparue également -, cette fois il veut comprendre, des années après. Le problème, c’est bien connu, il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire et à découvrir.

 

Tel un orfèvre es-littérature, un compagnon du Devoir (et savoir) écrire, fort de son savoir-faire Pierre Pelot nous ballade dans ces hameaux perdus de notre beau terroir, coincés entre deux vallées, brouillard et lumière, orage et éclaircies. 

 

Il entremêle passé et présent, fait parler les morts (et les mots), change de style, au rythme de sa narration (respiration). Et passe du langage parler à la poésie la plus pure. Ça sonne juste à chaque fois. Ce n’est pas l’intrigue le plus important ici mais le langage, le ton, le style de Pierre Pelot. S’il était cuisinier, il serait meilleur ouvrier de France, et aurait 4 * depuis longtemps ! C’est un raconteur d’histoires, soit, mais une fois encore, il prouve que tout est dans la manière de raconter. 

 

A haute-voix, c’est encore plus beau. Car chaque grand écrivain a sa propre musicalité. A chaque nouvel ouvrage (comme on dit d’un artisan), Pierre Pelot impose son phrasé, quelque-soit le genre : réalité, fiction, illusion, rêve, surnaturel, délire, hallucination... Qu’importe l’étiquette sur la bouteille, pourvu qu’on ait l’ivresse de voyager dans les mondes des sensations. 

Mais laissons-le nous expliquer sa conception du travail d’écriture : 

 

« Qu’est-ce qu’une histoire ? Une histoire c’est des gens, une histoire c’est des lieux, des lieux dans lesquels vivent des gens. Une histoire c’est des gens qui se frottent ensemble et des fois c’est un frottis, un frottement qui fait du bien. Des fois aussi c’est une irritation qui fait mal. Il convient dans les premiers cas d’encourager aux frottements, de les provoquer autant que faire se peut et selon une certaine manière. En gros. Dans le second cas de les éviter au maxi. Une histoire c’est des personnages.

 

Il y a des tas et des tas de personnages, dans le monde. Même pas besoin d’aller dans le monde : dans n’importe quel espace, plus ou moins grand, plus ou moins petit. Des tas de gens. Tous uniques tous différents. Jamais deux pareils. C’est l’imbrication de toutes ces pièces différentes qui fabriquent le puzzle de l’histoire. Peu importe comment on le monte, par quel bout on le prend, le puzzle, pourvu qu’au final il soit construit, complet, achevé, l’histoire faite, les pièces à leur place, les gens dans leurs godasses.

 

Il y a des histoires de toutes les couleurs. De tous les « bigarrements ». Au final, tous ces mélanges vous donnent du noir. Il faut toutes les couleurs pour composer du noir. Quand vous vous baladez dans l’histoire noire, vous ne la voyez pas telle que, vous voyez les couleurs, pagayant dans tous les sens, c’est joliment chamarré.

 

Ça s’appelle « LES JARDINS DE L’EDEN ». C’est une histoire noire pleine de couleurs. C’est écrit à la plume, au couteau, à la pioche et la hache, au pinceau. A l’aquarelle et à l’huile, aux pastels secs et gras, à la carte-à-gratter, c’est gravé sur bois. Toutes sortes d’outils. C’est selon. C’est une écriture qui manipule ces outils, pour raconter un certain bout d’histoire de certains personnages en équilibre et déséquilibre, en plongée, en chutes libres et autres chutes pas si libres que ça. 

 

Sur le courant des choses il y a Jip en train sans doute de mourir même s’il parait être vivant encore et qui doit l’être encore un peu pour empêcher Na de mourir, elle. 

 

Ici, il y a du soleil, Les Jardins d’Eden c’est le nom d’un camping, avec dépendances, casino, terrains de jeux. Ici, il y a une ville dans la ville, souterraine, cachée, une enclave, avec ses pourrissements qui datent de ses origines qui ont grandi et prospéré, en catimini, dans l’ombre des édiles, des gens de pouvoir, des médecins de la médecine au pouvoir sous le masque du conseil de l’ordre, ici il y a des râles hurlé et des souffrances sous la cendre, des trafics d’organes et de petits enfants, des élevages d’orphelins pour la vente en direct, ici il y a Charapak qui porte un nom d’ailleurs, il y a des sourires derrière les grimaces, et vice versa, ici tout est à l’envers, c’est l’envers de l’enfer.

 

Ici c’est une histoire jaillie pourrie des antres de sous la terre, peut-être refleurie avec les mots. » - Pierre Pelot -

 

Guillaume Chérel

 

Les Jardins d’Eden, de Pierre Pelot, 

 

250 p, 18 €, Série Noire/Gallimard  







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