ROMAN : LES ENFANTS ENDORMIS

Anthony Passeron


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Passeron le passeur de non-dits


Les enfants endormis #PremierRoman #Autobiographie #Années80 #Epidémie #Sida #Toxicomanie #Drogue #Famille #Secret Anthony Passeron



Introduction


A la quarantaine passée, Anthony Passeron (prof de lettres et d’histoire-géo) a décidé d'écrire un livre pour tenter d’atténuer la douleur de sa famille confrontée à la mort prématurée de Désiré (son oncle), l’enfant prodigue, fauché en pleine jeunesse par la drogue (l’héroïne), puis par le Sida. Il commence par évoquer ses grands-parents bouchers, pendant les Trente Glorieuses, dans un village des Alpes-Maritimes. Leur boutique marche bien. Chez eux, on ne se contente pas de vendre de la viande, on sait tuer proprement le bétail.


Après Mai 68, le fossé s’agrandit entre eux, qui se consacrent au boulot, essentiellement, et un de leur fils, qui a envie d’autre chose, au contraire du père du narrateur, un taiseux qui se contente de ce qu’il a (c’est lui qui reprendra l’affaire). Désiré suit de brillantes études mais c’est un fêtard. Régulièrement, il descend sur Nice pour boire, danser, jusqu’au jour où, sur un coup de tête, il pousse jusqu’à Amsterdam. Aux Pays-Bas, il découvre la drogue, comme on dit. Pas n’importe laquelle : l’héroïne, celle des stars du rock, qui va faire des ravages dans les années 70-80.

 

Au même moment, quasiment, Willy Rozenbaum, qui dirige le service des maladies infectieuses à l’hôpital Claude-Bernard à Paris, découvre dans une revue scientifique la réapparition récente d’une pneumopathie très rare : la pneumocystose. Un mois plus tard, ce même bulletin publie un article qui s’intitule « Sarcome de Kaposi et pneumocystose chez les hommes homosexuels – New York et Californie ». En août, l’épidémie gagne du terrain aux États-Unis, mais personne n’est en mesure d’identifier l’agent responsable de l’effondrement des défenses naturelles des personnes atteintes. Fièvres, sueurs nocturnes, perte de poids, diarrhées à répétition, volume des ganglions lymphatiques en augmentation. Des femmes sont infectées, des hommes hétérosexuels aussi. On retrouve des hémophiles, des toxicomanes, des héroïnomanes, des jeunes enfants, des femmes enceintes, les Haïtiens. Cette maladie est loin de toucher seulement les homosexuels, bien que longtemps, la population préféra se concentrer sur ces « quatre H » (homos, hémophiles, haïtiens), victimes de ces stéréotypes qui ont la dent dure. Il faudra attendre le 6 février 1982 pour qu’un premier quotidien français en parle : Libération.

 

Présenté comme un roman, « Les enfants endormis », d’Anthony Passeron, est surtout un excellent reportage, presque un documentaire, sur la manière dont ont été (mal)traités les séropositifs, et malades du Sida durant de trop nombreuses années (malgré les efforts d’Act-Up, entre autres). Anthony Passeron mêle enquête socio-journalistique et histoire intime. C’est factuel, sobre, précis, sans fioritures, dégraissé jusqu’à l’os.On pourrait penser, ou croire que ce récit est dépourvu de chair, de littérature. Mais le sujet n’encourage pas l’emphase, ni les effets de plume. Au contraire, sa retenue ne retient que l’essentiel. En rappelant la manière dont a été reçu Rock Hudson à l’hôpital Américain de Neuilly (expulsé, il a dû affréter un jet privé pour rentrer mourir chez lui, parce qu’aucune compagnie aérienne ne voulait le transporter), il donne une idée du sort réservé aux anonymes. Comme son oncle.

 

Encore aujourd’hui, Anthony Passeron se garde bien de nommer le village de l’arrière-pays niçois, où s’est déroulé ce drame familial, inondé de non-dits, comme les vallées de la Roya et de la Vésubie. Celles et ceux qui étaient nés se souviendront du délire paranoïaque et réactionnaire qu’a provoqué cette épidémie (il fut question de « sidaïques » et de « sida mental »…). Les plus jeunes ont vécu la pandémie de Covid-19 mais ils peuvent avoir une idée de ce qu’a vécu toute une génération. Lorsque la méconnaissance du virus est totale, le malade est considéré comme un paria. Cela date de la peste et du choléra. 

 

Mais le pire, c’est le déni, le non-dit. En ce sens, Anthony Passeron fait œuvre de pédagogue. Il aurait pu intituler son livre « Les enfants oubliés ».

L’enfant, c’est lui aussi, et son frère, qui refusent de voir sa cousine mourir de cette maladie bizarre (puisqu’elle n’était ni droguée, ni gay). C’est lui qui a fait l’éponge. C’est lui qui transmet l’histoire de ces héroïnes de l’ombre, les femmes sur tous les fronts (au boulot, au chevet des malades et confrontées aux ragots). Il honore la mémoire de cet oncle, autrefois flamboyant, transformé en zombi amaigri, squelettique. Il parle pour son père, aussi, peut-être, qui s’était dévoué pour aller chercher ce grand-frère, lui qui n’avait jamais voyagé, jamais bougé de son village. Du particulier il a su passer à l’universel. Sans pathos, répétons-le. Pour un premier livre, c’est un coup de maître. Anthony Passeron est aussi rockeur à ses heures « perdues ». Vivement le prochain set.

 

P.S : En 2020, 37, 7 millions de personnes vivaient avec le VIH dans le monde, selon le Programme commun des Nations Unies sur le sida.

 

Guillaume Chérel

 

« Les enfants endormis », d’Anthony Passeron, 

288 p, 20 €n Editions Globe.


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