JEAN-CLAUDE IZZO, HISTOIRE D'UN MARSEILLAIS + LES VIES MULTIPLES DU CRÉATEUR DE FABIO MONTALE

Stefania Nardini, Jean-Marc Matalon


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Izzo, l’homme aux semelles de Mistral


Couverture Jean-Claude Izzo, les vies multiples du créateur de Fabio Montale#Auteur #Biographie #Immigration #Communisme #Marseille #Culture #Polar #Poésie #Chanson #Théâtre par Guillaume Cherel
@ éditions du Rocher
Couverture Jean-Claude Izzo, histoire d’un marseillais, de Stefania Nardini#Auteur #Biographie #Immigration #Communisme #Marseille #Culture #Polar #Poésie #Chanson #Théâtre par Guillaume Cherel
@ éditions des Fédérés




Introduction


Vingt ans après la mort du regretté Jean-Claude Izzo, auteur de la trilogie marseillaise (Total Khéops, Chourmo, Soléa, à la Série Noire, entre autres…), deux livres lui sont consacrés. 

Le premier est l’œuvre du journaliste français, natif de Marseille, Jean-Marc Matalon ; le second d’une consoeure italienne, Stefania Nardini, écrit il y a une dizaine d’années, en Italie, et traduit par Jérôme Nicolas en Français. 

 

Initiative qui s’inscrit dans le cadre du programme “Izzo Itineraires” proposé par l’Association Cobiac, auquel ont participé les Éditions des Fédérés - La Marseillaise et l’Institut culturel italien qui a financé la traduction.


 

Avant d’aller plus loin, je précise que j’ai eu la chance de connaître ce cher Jean-Claude, à l’époque de la création du festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, en 1990 (ça nous rajeunit pas !) jusqu’à sa mort, en 2000. 

 

Et je dois dire qu’avant d’être un auteur de polars (sur le tard, à la cinquantaine), c’était avant tout un homme d’un commerce agréable, comme on disait avant. 

 

Avec qui il était passionnant de prendre langue, car il savait écouter, avant de dire ce qu’il avait à dire. 

 

Jean-Claude Izzo, c’était le genre de personne qui, malgré le talent et/ou le semblant de notoriété - et de pouvoir - qu’il pouvait détenir, restait simple et vous regardait droit dans les yeux, ce, malgré une fantaisie qu’il avait dans un des siens, due à un accident pendant son enfance. 

 

Un point commun qu’il avait avec le grand écrivain américain Jim Harrison, lequel avait également un œil qui disait merde à l’autre et s’adressait de la même manière à tout le monde, que vous soyez barman ou chef de je ne sais quoi. 

 

Les deux préféraient assurément les barmen, évidemment, autre point commun entre eux, maintenant que j’y songe (si Jim Harrison fut un des premiers invités au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, où il vécut et fut un des premiers organisateurs, ce n’est pas pour rien). 

 

Pour ceux qui ne le connaissent pas, rappelons qui était Jean-Claude Izzo. 

 

Ce marseillais de naissance, fils d’immigrés italiens, par son père, Gennaro, et espagnols, par sa mère, Isabelle (dite Babette) Navarro, née elle à Marseille. 

 

Il fut d’abord un militant communiste (mais critique, sans heurts, en douceur), dans les années 60-70-80, après un bref passage au PSU (ça date tout ça… trop long à expliquer ici), féru de littérature, et surtout de poésie, avant de devenir journaliste à la Marseillaise, puis à La Vie Mutualiste, qui allait devenir Viva. Ça, c’était pour gagner sa croute. 

 

Parce que ses vraies passions étaient l’amour (des femmes) - l’amitié (des hommes) autour d’un bon verre d’alcool, la littérature (et la culture en général, du jazz au cinéma en passant par le théâtre) et les voyages (pas très éloignés mais il avait la bougeotte). 

 

En 1978, il annonce qu’il « part pour écrire » à son directeur de journal et ami, alors que sa carrière paraissait toute tracée : il était le futur rédacteur en chef, adoubé, de la Marseillaise. 

Et c’est bien ça qui devait le déranger, ce destin, cette fatalité qu’il ne cessera de rompre, provoquer, afin de rester le plus libre possible. 

 

Izzo le coco (pas dans la ligne) avait un côté libertaire assumé : il fuyait, évitait les rapports de pouvoir. 

 

Et pour s’enfuir de Marseille, qu’il adore mais commence à l’étouffer, il monte à Paris, puisque c’est là que ça se passe, culturellement surtout.

 

Izzo avait commencé par la poésie, et le journalisme, mais c’est avec le roman noir qu’il va se faire connaître. 

 

Non seulement grâce à sa connaissance de Marseille, mais aussi, et surtout grâce à son écriture, qui donne à voir et à comprendre, comme chez les plus grands écrivains (Conrad, London, Hammet, Chandler…). 

 

Et quel sujet plus complexe que la ville de Marseille pour inspirer un auteur de polar épris de justice : 

 

« Une utopie. L’unique utopie du monde. Un lieu où n’importe qui, de n’importe quelle couleur, pouvait descendre d’un bateau, ou d’un train, sa valise à la main, sans un sou en poche, et se fondre dans le flot des autres hommes. Une ville où, à peine posé le pied sur le sol, cet homme pouvait dire : ‘C’est ici. Je suis chez moi’. Marseille appartient à ceux qui y vivent. »

 

Contrairement à nombre d’auteurs contemporains qui se regardent écrire, Izzo semble écrire avant tout pour les autres, sur les autres : l’être humain, en général, le peuple exploité, en particulier.

 

Son écriture est directe, sans artifices et effets de plume. Les livres d’Izzo sonnent vrais, authentiques, parce qu’ils sont justes. Ce qui donne à son œuvre une portée universelle. 

Antifasciste convaincu, « par fidélité à mon immigré de père », comme il le confiait dans un entretien à La Marseillaise, en 1998, il gardait ancré en lui l’exigence de progrès social. 

 

« J’écris sur ce qui m’angoisse : la misère devant notre porte », ajoutait-il (il a connu les fins de mois difficiles) avant de répondre, à propos de l’avenir : « Il ne faut plus se poser de questions mais affirmer un certain nombre de valeurs. » 

 

Aujourd’hui, Jean-Claude Izzo serait évidemment dans la rue, et dans ses écrits, pour protester contre la politique ultralibérale du président Macron. 

 

Et ça,  le Marseillais Jean-Marc Matalon (anagrame de ‘Montale’), qui a travaillé à La Marseillaise, a bien su le transcrire (ce côté engagé), sans en rajouter, dans sa courte et sobre biographie, sur la vie brève d’un écrivain (marseillais avant d’être français), poète, flâneur, sentimental, avant tout. 

 

Si Jean-Claude Izzo est connu par le grand public comme best-seller de la Série Noir et pour le personnage de Fabio Montale, incarné à la télévision par Alain Delon, son biographe nous fait découvrir sa vie intime et privée, mais avec pudeur, sans indécence (il faut savoir doser). 

 

Où l’on découvre que sous ses faux airs tranquilles, façon inspecteur Columbo, ce sacré Izzo était un sacré coureur de jupons ! Un séducteur, un homme à femme, comme on dit, qui est malgré tout toujours resté proche de son premier amour, Marie-Hélène, la mère de son fils, Sébastien. 

 

Ce ne fut pas sans complications (son fils s’est ainsi fait déposséder de son héritage par sa dernière veuve), évidemment, et cœurs brisés, mais on comprend que c’est la routine qu’il fuyait, comme dans sa vie professionnelle, militante, et éditoriale (au bout de trois polars à succès, il met le cap sur une autre aventure littéraire). 

 

Jean-Claude Izzo fumait comme un pompier. Il est revenu mourir, d’un cancer du poumon, dans sa ville natale, en janvier 2000, peu avant d’avoir publié un roman prémonitoire : Le Soleil des mourants, ainsi que des recueils de poèmes, scénarios de film et pièces de théâtre. 

Il nous manque et on peut imaginer le nombre de livres qu’il aurait écrit en vingt ans de vie supplémentaire.   

 

Guillaume Chérel

 

Jean-Claude Izzo : histoire d’un marseillais, de Stefania Nardini, traduit par Jérôme Nicolas, Éditions des Fédérés - La Marseillaise (17, 25 €, avec frais de port, chèque à adresser à l’ordre Editions des Fédérés : 15, cours d’Estienne-D’Orves – 13001 Marseille).

 

Et Jean-Claude Izzo : les vies multiples du créateur de Fabio Montale, de Jean-Marc Matalon, 169 p, 17, 90 €, aux éditions du Rocher.





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Jean-Claude Izzo Histoire d’un marseilla
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