Mon cher Seb


Cadavre, vautours et poulet au citron
Seb
Cadavre, vautours et poulet au citron


Mon cher Seb,

 

Ça y’est mon pote ! Notre roman est fabriqué, il existe, il est beau et gros

et avec ce nouvel éditeur, Michel Lafon, ça va le faire !

 

Il te plairait, fume, boit, même dans son bureau. Je ne sais pas s’il b…

Un homme comme tu les appréciais, quoi, qui aime la vie.

 

J’écris « notre » roman

parce que sans toi il n’aurait jamais existé, ce livre (397 pages).

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C’est quand même dingue cette histoire !

 

Il y a 5 ans, on ne se connaissait pas.

On est devenus potes sur Facebook et tu es devenu un de mes meilleurs amis, en quelques semaines, au point de te rejoindre à Oulan-Bator,

en Mongolie

pour vivre toutes ces aventures que tu connais…

 

J’en ai tiré un pavé, comme tu le savais,

puisque tu as été un de mes premiers lecteurs.

Tu m’as inspiré le personnage de Pat, qui te ressemble

mais qui n’est pas toi évidemment.

 

Tu as toujours respecté ma liberté de créer,

tout en me demandant de ne pas trop préciser les choses…

de ton vivant.

 

Le personnage (de fiction) que tu m'as inspiré s'appelle Pat,

oui je le répète. Comme Patrick :

je l'ai décrit gras et tu ne te voyais pas comme ça

mais t'avais un gros bide, Sébastien :

toi qui avait été si beau gosse, du temps de ta splendeur...

Quand t'as commencé à barouder.

 

Car si moi j'ai bourlingué, toi tu as baroudé :

faut lire le livre pour comprendre.

 

Ce qui est incroyable dans cette histoire

c’est que j’ai vécu des aventures avec toi, comme dans un polar,

ou un film d’aventures,

grâce et avec un vrai personnage romanesque,

toi le vrai Seb, qui rêvait de vivre comme un aventurier,

qui ne lisait quasiment que des récits d’aventures vécues

(« La Lanterne Magique, Phébus, étaient tes éditeurs préférés…).

 

Ce que tu as pu me faire rire quand tu m’as décrit Sylvain Tesson

déambulant dans les rues d’Oulan-Bator

avec sa selle sur l’épaule, comme dans un western,

pour aller manger un steak dans le meilleur resto Français de la ville…

 

Avec son photographe attitré du Figaro

(fallait le voir pêcher à la mouche),

Sancho Pança, qui en avait marre de suivre ce Don Quichotte de pacotille, toujours bourré.

 

C’est que monsieur roulait en Royal Enfield !

Et se servait d’un téléphone satellitaire dans la Taïga,

avec cigare et vodka,

sans compter les visites, en moins de 6 mois :

« ah ! c’était ni Thoreau, ni London, tu me disais…

 

Mais ça marche :

ces connes le prennent pour un aventurier !

Alors qu’il ne fait que des phrases, des phrases,

en bon fils à papa bourgeois qu’il est et restera. Raahhaa !! »

 

Bref, il ne t’avait pas fait bonne impression,

au premier abord,

mais tu l’as invité chez toi (je décris ton appart surréaliste) et,

la vodka aidant, l’homme était brillant et intelligent et écrivant bien,

vous êtes devenu copains.

 

Moi, il m’avait reçu habillé en Davy Crockett,

dans son bel appartement perché de Saint-Michel,

et m’avait proposé une dizaine de thés différents.

 

Il grimpait des façades de monuments.

A croire qu’il cherchait à se casser la g……

 

Sa chute du chalet du grand écrivain connu

ne nous a pas fait rire (quoique…) :

« On dirait un Picasso !

T’as pas pu t’empêcher de dire… un Petrucciani ! »

 

Tu voulais dire un César.

Ce que tu pouvais me faire rire :

un humour noir pareil, ça devient rare, par les temps qui courent.

 

On ne peut plus rien dire !

Enfin, nous les électrons libres,

ils pouvaient toujours s’accrocher

pour nous empêcher de parler.

 

Tu me disais :

« Écris un vrai roman d’aventures !

 

Pas un truc de m’as-tu-vu superficiel…

"Tu as du talent, ça va marcher".

 

Voilà, c’est fait ma poule !

J’ai mis le temps mais j’ai fini par le boucler

ce polar mongol.

 

Alors, tant pis si certains croient

que c’est Ian Manook qui m’a inspiré.

 

Toi tu savais ce que ce n’était pas le cas

puisque c’est toi qui m’en a parlé le premier

alors que j’étais en train d’écrire

« Les Loups d’Oulan-Bator ».

 

J’aimais bien ce titre mais c’était celui d’avant ta mort…

pour de vrai.

 

J’ai rarement vécu aussi intensément en si peu de temps qu’avec toi.

Nous étions fait pour nous rencontrer :

toi, vivant et racontant des histoires pas toujours vérifiables

et moi vivant et écrivant nos aventures,

à la fois violentes et drôles,

d’abord sur FB en direct-live quasi.

 

« Quand la légende est plus belle que la réalité, choisissez la légende », comme dirait Liberty Blaise…

 

Je n’ai pas fait de toi une légende, mon pote.

 

Tu savais que j’avais lu en toi comme dans un livre :

tu n’étais pas un saint, loin de là.

Et c’est cette partie Noire que tu m’as offert.

 

Comme un cadeau pour qui sait remettre en forme la réalité.

 

Pas l’embellir, non, la rendre encore plus juste que la basse vérité.

Car il n’y a pas de morale, ni de vérité en littérature,

il n’y a que des bons ou de mauvais textes,

pour paraphraser Oscar.

 

Des bonnes ou des mauvaises histoires.

 

Il y a des livres qu’on ne peut pas s’arrêter de lire.

Parce que l’auteur a su trouver le ton, le rythme, la cadence, les mots…

faut que ça pulse, comme la vie et le mouvement de la vie,

et que ça sonne comme de la poésie.

 

Toi tu aimais ma manière d’écrire,

moi ta manière de vivre et de décrire la vie.

 

Chacun a utilisé l’autre. Pour créer une œuvre.

Un lingot d’or ambulant.

 

Je sais que tu vas m’accompagner encore une paire d’années…

Je sais que tu seras de mon côté

quand de prétendus amis fascinés m’accuseront de te salir.

 

Jamais tu ne m’aurais censuré.

 

C’est justement ce que tu voulais,

que j’écrive en m’inspirant de ce que tu me racontais et vivais.

 

Tu vas te reposer enfin, ma gueule.

Et moi aussi.

 

Parce qu’il fallait en avoir… de l’énergie,

pour te suivre, mon pote, mon « anda » à vie,

et l’écrire ce putain de livre, qui nous survivra

mon gars.

 

Vous m’avez à la fois épuisés et ragaillardis,

toi et ce roman dingo Very bad trip

à la Frères Cohen…

 

Le seul problème (outre tes vrais/faux amis),

c’est que nos filles risquent de nous lire…

 

Bah, ça leur apprendra la vie, tu me dirais.

Après tout, ce n’est que de la littérature, hein ?!

Nous, ce qu’on aime, c’est la vraie vie.

Vodka ? Da…

 

Allez, on se casse ! Je te raconterai la promo…

ça devrait casser la baraque.

 

Sinon, j’arrête.

Je pars m’installer à Cuba… dans la maison de Papa.

 

Je le sens bien, celui-là.

Faut dire que j'ai mis ma peau et la tienne sur la table.

Alors s' il ne marche pas,

j'y comprends plus rien.

 

Mais que reste-t-il à comprendre ?

Y'a qu'à prendre.

Ou dormir longtemps.

 

Moi je vis pour deux maintenant.

 

 

Guillaume Chérel

 


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